Il y a des escales qui se méritent par leur discrétion. Hoya, quelques milliers d'habitants sur les deux rives de la Weser, entre Brême et Nienburg, appartient à cette famille. Les bateaux de croisière fluviale qui descendent le fleuve y font halte au milieu d'une Basse-Saxe rurale, verte et paisible, sur la route allemande des contes de fées. On y débarque sans programme imposé, et c'est précisément ce qui rend la promenade agréable.
Un comté au fil de l'eau
Le nom de Hoya résonnait autrefois bien au-delà de la région. Vers 1200, le comte Henri Ier fit élever un château fort sur une île de la Weser, berceau du comté de Hoya qui domina un vaste territoire jusqu'en 1582. Le château comtal, remanié au fil des siècles, se dresse toujours près du fleuve, entouré des témoins de cette époque : l'ancien hôtel de ville, le manoir von Behr et des maisons à colombages qui bordent les rues du centre. Depuis le pont entre les deux rives, le regard file sur l'eau calme, les saules et les toits rouges du bourg. Rien de monumental ; plutôt une accumulation tranquille de mémoire, que l'on traverse en quelques centaines de mètres.
Églises et vieilles pierres
La collégiale St. Materniani et St. Nicolai, que les habitants appellent le Bücker Dom, mérite le détour pour ses deux tours et son intérieur soigné, héritage d'une fondation remontant au XIIe siècle. En ville, l'ancienne église Martin, vieille de neuf siècles, a été convertie en centre culturel où résonnent désormais concerts et expositions. Entre les deux, le musée régional du comté conserve la mémoire locale, avec une curiosité : une imprimerie-musée où l'on fait encore fonctionner des presses typographiques à l'ancienne.
La Weser, à pied ou à vélo
Le fleuve donne son rythme à l'escale. Les berges se prêtent à la marche, et la piste cyclable qui longe le cours d'eau, l'une des plus fréquentées d'Allemagne, traverse la ville ; certains bateaux fluviaux prêtent des vélos, ce qui permet de suivre la rivière entre prés, fermes et clochers de brique. En amont comme en aval, le paysage déroule cette campagne du nord de l'Allemagne que les circuits classiques ignorent : vaches au pré, maisons basses, ciels chargés qui se déchirent en éclaircies soudaines. À Schweringen, tout près, un bac à câble électrique fait traverser cyclistes et promeneurs d'une rive à l'autre, comme on le fait ici depuis des générations.
Idées pour quelques heures à terre
- Faire le tour du château comtal et du centre ancien, à distance de marche du bateau.
- Pousser la porte du Bücker Dom et de l'église Martin reconvertie en salle culturelle.
- Regarder tourner les presses de l'imprimerie-musée au musée régional.
- Suivre la piste cyclable à vélo ou à pied le long des berges.
- Traverser le pont qui relie les deux rives et flâner côté prairies.
Le charme des routes secondaires
Hoya illustre ce que la croisière fluviale fait de mieux : amener le voyageur là où aucun autobus de tourisme ne s'arrête. Pas de file d'attente, pas de boutique de souvenirs à la chaîne ; des habitants qui vous saluent d'un signe de tête, un boulanger, des cloches qui sonnent l'heure. L'Allemagne des contes n'est pas ici une mise en scène, c'est simplement le décor quotidien.
Quand le bateau largue les amarres, le château glisse lentement hors du champ de vision et la Weser reprend son monologue. On n'aura pas rapporté de photo spectaculaire. On aura, en revanche, éprouvé quelque chose de plus rare : une heure ou deux dans la vie réelle d'une petite ville allemande, sans filtre et sans décorum, comme un chapitre calme au milieu du voyage.