Rose, bleu ciel, vert amande, jaune safran : les façades de Linz am Rhein semblent avoir été peintes par un enfant heureux. Les Allemands l'appellent « die Bunte Stadt am Rhein », la ville colorée du Rhin, et le surnom se vérifie dès la passerelle. Les pontons fluviaux touchent presque les premières maisons : deux minutes après l'accostage, on franchit une porte médiévale et cinq siècles de colombages se déploient dans un lacis de ruelles piétonnes. Entre Bonn et Coblence, cette petite cité de la rive droite offre l'une des escales les plus immédiates du fleuve, de celles où aucune navette n'est nécessaire et où le plaisir commence au premier pas.
Passer la porte du Rhin
L'entrée se fait par le Rheintor, vestige de l'enceinte du XIVe siècle, dont les tours rondes encadrent le passage comme au temps des péages. De l'autre côté commence le spectacle : maisons à pans de bois sculptés et peints, enseignes ouvragées, balcons débordant de géraniums en été. La rue principale mène en pente douce au Buttermarkt, l'ancienne place du marché au beurre, cœur battant de la cité, où les terrasses se disputent l'ombre de l'hôtel de ville, en service depuis 1517, l'un des plus anciens de Rhénanie encore utilisé. Un carillon y égrène des mélodies plusieurs fois par jour, et chacun lève la tête au premier tintement.
Un château de prince-électeur
À la lisière du noyau ancien, Burg Linz monte la garde depuis 1365. Les archevêques-électeurs de Cologne l'avaient bâti pour verrouiller la frontière sud de leur territoire et surveiller le trafic du fleuve, source de revenus douaniers considérables. Les murs épais abritent aujourd'hui restaurant et animations; la cour intérieure et le chemin de ronde se laissent explorer au passage. Un peu plus haut, l'église Saint-Martin, fondée au XIIe siècle, veille sur les toits depuis son promontoire : de son parvis, la vue s'ouvre sur le fleuve et les collines boisées d'en face.
Couleurs, vignes et boutiques d'artisans
Linz se prête merveilleusement au lèche-vitrine tranquille : ateliers de céramique, confiseries, cave à vins régionaux où goûter les blancs de l'Ahr et du Rhin moyen, la vallée de l'Ahr et ses pinots noirs réputés se trouvant à quelques kilomètres en aval. Les gourmands s'arrêtent pour une part de gâteau dans un café à poutres apparentes ou une glace à déguster sur les remparts. Chaque coin de rue compose un tableau différent; les photographes ne savent plus où donner de l'objectif, surtout en fin d'après-midi, quand la lumière rasante avive les ocres et les rouges des façades.
Le fleuve en premier rôle
La promenade riveraine complète la visite. Bancs et pelouses font face au trafic incessant des barges, avec en toile de fond les premiers contreforts du Siebengebirge, le massif aux sept sommets qui annonce Bonn. Un traversier relie régulièrement Linz à Remagen, en face, dont le pont, célèbre épisode de la fin de la Seconde Guerre mondiale, a laissé des piles témoins et un petit musée de la paix. L'excursion se boucle en une heure ou deux pour les curieux d'histoire contemporaine.
Repères pour l'escale
- Pontons directement au pied du quartier historique; tout se fait à pied.
- Centre piétonnier compact : une demi-journée suffit pour l'essentiel, flâneries comprises.
- Traversier vers Remagen pour prolonger l'escale côté histoire contemporaine.
- Ruelles pavées et pentes légères; accessible à la plupart des marcheurs.
Avant de remonter à bord
Au moment du départ, les façades peintes défilent une dernière fois derrière les arbres de la rive, comme les pages d'un livre d'images qu'on refermerait à regret. Linz ne réclame ni superlatifs ni longues explications : elle met de la couleur dans la journée, tout simplement, et cette gaieté-là voyage loin dans la mémoire des passagers.