Depuis le fleuve, Magdebourg s'annonce par deux flèches grises qui dominent tout le reste. La cathédrale veille sur l'Elbe depuis huit siècles, et les bateaux fluviaux s'amarrent au Petriförder, un quai aménagé juste en contrebas du centre. Cafés, jardin à bière et promenade plantée bordent l'embarcadère : rarement une grande ville allemande met-elle ses passagers aussi vite dans le vif du sujet. Capitale de la Saxe-Anhalt, détruite à plusieurs reprises au fil de son histoire, Magdebourg s'est réinventée chaque fois, et l'escale raconte précisément cet art du recommencement.

La première cathédrale gothique d'Allemagne

Quelques minutes de marche suffisent pour rejoindre la cathédrale Saint-Maurice-et-Sainte-Catherine, dont le chantier s'ouvre en 1209 : le premier édifice gothique de cette ampleur au pays. Sous ses voûtes claires repose l'empereur Otton le Grand, qui fit de Magdebourg l'une des places fortes de l'Empire au Xe siècle. Les sculptures méritent qu'on ralentisse, notamment les figures des Vierges sages et des Vierges folles, aux expressions troublantes de vérité. L'entrée demeure libre, et le silence du vaisseau contraste avec l'animation des quais.

La Citadelle verte de Hundertwasser

À deux rues de là, changement complet d'univers : façades roses ondulées, colonnes irrégulières, coupoles dorées et arbres qui poussent sur les toits. La Grüne Zitadelle, dernier projet de l'artiste autrichien Friedensreich Hundertwasser, achevé en 2005, abrite logements, boutiques, café et théâtre dans une architecture qui refuse la ligne droite. On circule librement dans ses cours, où chaque fenêtre diffère de sa voisine. Le bâtiment est devenu l'un des emblèmes de la ville, réplique joyeuse aux façades sages qui l'entourent.

Du vieux marché aux traces du passé

La promenade continue vers l'Alter Markt, la place du vieux marché, où se dresse une copie du Cavalier de Magdebourg, statue équestre dorée du XIIIe siècle dont l'original s'abrite au musée d'histoire culturelle. L'hôtel de ville baroque ferme la place, les terrasses s'y installent aux beaux jours, et les étals de fruits et de fleurs ramènent, certains matins, un peu de couleur entre les façades reconstruites. Un peu plus au nord, le monastère Notre-Dame, l'un des plus anciens ensembles romans de l'est de l'Allemagne, accueille désormais un musée d'art dans ses galeries de pierre nue, autour d'un cloître d'une sobriété apaisante.

Le fleuve en spectacle

Le retour vers le navire peut suivre les berges, où Magdebourg soigne sa relation avec l'Elbe. Les ponts se succèdent, les péniches remontent le courant, et les habitants occupent les pelouses du parc de la Rotehorn, sur l'île d'en face, dès que le soleil paraît. Les amateurs de génie civil noteront qu'au nord de l'agglomération, un pont-canal de près d'un kilomètre fait passer un canal au-dessus du fleuve, croisement de voies navigables parmi les plus spectaculaires d'Europe; certaines excursions d'escale s'y rendent en autocar.

Repères pour l'escale

  • Amarrage au Petriförder, au pied du centre; les flèches se rejoignent à pied en quelques minutes.
  • Cathédrale : premier grand chantier gothique d'Allemagne, tombeau d'Otton le Grand, entrée libre.
  • Grüne Zitadelle : architecture de Hundertwasser, cours ouvertes à la promenade.
  • Alter Markt et monastère Notre-Dame : cœur historique reconstruit, musée d'art roman.
  • Pont-canal du Wasserstrassenkreuz : au nord de la ville, accessible en excursion.

Avant de remonter à bord

Au Petriförder, l'escale se termine souvent autour d'un verre face au courant, là où les tables du jardin à bière touchent presque l'eau. Magdebourg ne ressemble à aucune autre étape de l'Elbe : ni entièrement ancienne, ni tout à fait neuve, elle superpose un empereur du Xe siècle, des façades de l'après-guerre et les couleurs d'un artiste rêveur. Le fleuve, lui, relie ces époques sans effort, et l'on remonte à bord curieux de voir ce qu'il racontera au prochain méandre.