Les vignes descendent jusqu'aux toits, et les toits touchent presque la rivière. Mehring occupe l'une de ces boucles de la Moselle où le paysage semble organisé depuis toujours pour la vigne : coteaux exposés plein sud, village serré sur la rive, clocher au milieu des ceps. Les bateaux fluviaux y font halte à une quinzaine de kilomètres de Trèves, dans la plus ancienne région viticole d'Allemagne, celle-là même où les Romains plantèrent leurs premières vignes il y a deux mille ans. L'escale est modeste par la taille, considérable par la profondeur du temps.
Une villa romaine dans les vignes
Sur les hauteurs du village, au milieu des parcelles de riesling, une villa romaine partiellement reconstruite raconte la campagne antique. Bâtie dans la première moitié du IIe siècle, agrandie jusqu'à compter 34 pièces, elle comptait parmi les grandes exploitations agricoles de l'arrière-pays de Trèves. Les murs relevés, le portique blanc et les panneaux d'interprétation permettent d'imaginer le domaine en activité, pressoirs et bains compris. L'accès est libre, et la montée à pied depuis la rive, entre les rangs de vigne, constitue déjà la moitié du plaisir : à chaque pause, la vallée s'élargit un peu plus derrière soi.
Des façades anciennes autour de l'église
En redescendant, les rues de Mehring alignent maisons à colombages et façades de pierre des XVIe au XVIIIe siècles, resserrées autour de l'église paroissiale Saint-Laurent, dont les origines remontent au XIIe siècle. Les cours des domaines viticoles s'ouvrent sur des alignements de barriques et de casiers à bouteilles; des ardoises à la craie annoncent les crus de l'année. On circule en quelques minutes d'un bout à l'autre du bourg, salué par les habitants qui vaquent entre chai et jardin.
Le riesling au plus près
Ici, pas de mise en scène : le vin se goûte chez ceux qui le font. Plusieurs domaines familiaux reçoivent les visiteurs pour des dégustations simples, un banc, quelques verres, la gamme de l'année. Les rieslings de la Moselle jouent la finesse, l'acidité vive et les arômes de fruits clairs; les coteaux d'ardoise leur donnent ce caractère minéral que les amateurs viennent chercher de loin. Les excursions d'escale ajoutent parfois la visite d'un pressoir ou une promenade commentée entre les ceps, selon la saison des travaux.
La Moselle à vélo ou à pied
La piste cyclable de la Moselle traverse le village et suit la rivière sur toute la longueur de la vallée; une heure de location suffit pour rejoindre les villages voisins entre eau et coteaux. Les marcheurs préféreront les sentiers viticoles balisés qui grimpent au-dessus des toits, jusqu'à des points de vue où la rivière déroule ses courbes argentées. Dans les deux cas, le paysage fait l'essentiel du programme, ponctué du passage lent des péniches.
Repères pour l'escale
- Halte fluviale au pied du village; tout se rejoint à pied.
- Villa romaine : montée d'une vingtaine de minutes dans les vignes, accès libre, panneaux d'interprétation.
- Église Saint-Laurent et centre ancien : colombages des XVIe-XVIIIe siècles.
- Dégustations chez les vignerons : selon les jours, se renseigner à l'accueil du bord.
- Trèves, ville romaine classée à l'UNESCO, se trouve à une quinzaine de kilomètres en amont.
Avant de remonter à bord
Au moment du départ, la lumière du soir rase souvent les coteaux et allume les rangées de ceps une à une, comme des lignes d'écriture. On repense alors aux colons romains qui regardaient la même pente, au même moment du jour, en se disant que cette terre ferait du bon vin. Ils avaient raison, et Mehring continue tranquillement de le prouver. L'escale tient dans un après-midi; le goût du riesling et la géométrie des pentes, eux, accompagnent longtemps la suite du voyage.