En 1707, un organiste de vingt-deux ans prenait ses fonctions à l'église Divi Blasii de Mühlhausen. Il s'appelait Jean-Sébastien Bach. Il ne resta qu'un an dans cette cité de Thuringe, le temps d'y composer quelques pages mémorables, mais la Thuringe ne l'a jamais oublié. Rare halte intérieure des itinéraires fluviaux d'Allemagne centrale, elle se découvre entièrement à pied, dans un décor médiéval resté étonnamment complet.
Une ville libre derrière ses murailles
Ancienne ville impériale libre, elle a conservé près de 2,7 kilomètres de remparts, ponctués de tours et de portes fortifiées. Un tronçon se parcourt en hauteur près du Rabenturm, et cette promenade sur le chemin de ronde offre la meilleure entrée en matière : d'un côté les toits rouges serrés, de l'autre les jardins qui bordent l'enceinte. On comprend vite pourquoi les marchands du Moyen Âge dormaient ici sur leurs deux oreilles.
Les églises d'une cité qui en compte onze
Onze églises médiévales ponctuent encore le tissu ancien, un chiffre étonnant à pareille échelle. Divi Blasii, avec ses voûtes gothiques, garde le souvenir de Bach : des concerts y font régulièrement revivre son passage à l'orgue. Plus haut, l'église Sainte-Marie, la deuxième de Thuringe par ses dimensions, s'attache à une autre figure : Thomas Müntzer, le prédicateur de la guerre des Paysans de 1525, y officia avant l'écrasement de la révolte. Un espace muséal y retrace cet épisode qui secoua l'Allemagne entière.
Colombages, marchés et venelles
Entre les clochers, la trame des rues n'a guère changé : maisons à colombages, arcades, placettes où les terrasses s'installent aux beaux jours. L'Obermarkt et l'Untermarkt concentrent commerces et cafés, et l'hôtel de ville, agrandi au fil des siècles, cache une salle historique où siégeait le conseil. On flâne ici sans plan précis, en levant les yeux vers les inscriptions sculptées et les poutres peintes.
Le Hainich, forêt primaire aux portes de la cité
À une quinzaine de kilomètres, le parc national du Hainich protège l'une des dernières grandes hêtraies d'Europe, inscrite au patrimoine mondial. Un sentier suspendu dans les cimes permet d'y marcher à hauteur d'oiseaux, à plus de 20 mètres du sol. L'excursion demande une demi-journée et compose un contraste saisissant avec les pavés du centre : après les tours de pierre, les colonnes de hêtres.
La guerre des Paysans, au plus près
Pour qui veut approfondir cet épisode fondateur, l'église du Kornmarkt abrite un musée entièrement consacré à la révolte de 1525, la plus grande insurrection populaire d'Europe avant la Révolution française. Cartes, armes, gravures et témoignages y rendent leur voix aux paysans soulevés. La visite éclaire autrement les ruelles que l'on vient de parcourir : Mühlhausen fut l'un des cœurs battants de cette histoire, et elle l'assume avec sérieux, sans en faire un décor.
L'escale en chiffres
| Élément | Repère |
| Remparts conservés | près de 2,7 km |
| Églises médiévales | onze |
| Passage de Bach | 1707-1708, église Divi Blasii |
| Parc national du Hainich | environ 15 km |
Pause sur une place
Entre deux visites, les terrasses de l'Untermarkt offrent le meilleur observatoire : on y regarde les habitants traverser la place, paniers au bras, pendant que les cloches se répondent d'un clocher à l'autre. Les boulangeries de Thuringe valent l'arrêt — pains rustiques, gâteaux aux prunes en saison — et les charcuteries locales feront le bonheur des amateurs de saucisses grillées, tradition régionale s'il en est.
Ce que la cité murmure au départ
Mühlhausen ne cherche pas à éblouir. Elle aligne ses tours, ses colombages et ses souvenirs — un musicien de passage, un prédicateur rebelle — et laisse le visiteur assembler le récit. En repartant, beaucoup emportent le son d'un orgue ou l'image du chemin de ronde. C'est peu, et c'est précisément ce qui donne envie d'y revenir un jour, sans se presser.