En 1633, alors que la peste décimait la Bavière, les habitants d'un village de la vallée de l'Ammer firent un vœu : si l'épidémie les épargnait, ils joueraient la Passion du Christ tous les dix ans, pour toujours. Près de quatre siècles plus tard, Oberammergau tient parole. Aucun quai n'attend le voyageur ici, à 80 kilomètres au sud de Munich : ce bourg alpin s'offre en excursion ou en prolongement d'une croisière fluviale sur le Danube, et il compte parmi les détours les plus demandés de Bavière.
Le Jeu de la Passion, une affaire de village
La promesse de 1633 est devenue un phénomène planétaire : chaque décennie, environ deux mille habitants, du boulanger à l'institutrice, montent sur scène pour rejouer les derniers jours du Christ devant des centaines de milliers de spectateurs venus du monde entier. La prochaine édition aura lieu en 2030, et plusieurs compagnies de croisière réservent déjà des forfaits combinant fleuve et représentation. Entre deux éditions, le théâtre se visite, coulisses et costumes compris, et l'on comprend vite que tout le bourg vit au rythme de son serment.
Des murs qui racontent des histoires
Même sans billet de spectacle, la promenade vaut le voyage. Les façades disparaissent sous les Lüftlmalerei, ces fresques en plein air typiques des Alpes bavaroises : scènes bibliques, contes de Grimm, trompe-l'œil d'architectures. La maison dite du Petit Chaperon rouge côtoie des demeures du XVIIIe siècle où Pilate comparaît en couleurs au-dessus des géraniums. On flâne le nez en l'air, appareil photo en main, dans un décor que les Alpes d'Ammergau encadrent de leurs pentes boisées.
Le bois, l'autre religion locale
Depuis des siècles, on sculpte ici le tilleul et l'érable. Une soixantaine de sculpteurs professionnels perpétuent le métier, des crèches monumentales aux figurines de quelques centimètres. Les vitrines de la rue principale exposent leur travail, et certains ateliers ouvrent leurs portes aux curieux : voir naître un visage sous la gouge demeure l'un des souvenirs les plus durables du détour. Les prix grimpent avec la finesse, mais regarder ne coûte rien.
Louis II en voisin
Le roi bâtisseur de Bavière aimait ces vallées. Son palais de Linderhof, le seul qu'il ait vu achevé, se cache à quelques kilomètres : jardins en terrasses, grotte artificielle et salons dorés à l'excès, dans un vallon qui semble dessiné pour lui. Les excursions organisées combinent souvent le bourg, le palais et l'abbaye baroque d'Ettal, dont la coupole et la liqueur des moines méritent chacune un arrêt. Une demi-journée suffit pour les trois, une journée entière permet d'y ajouter la montagne.
Le décor grandeur nature
Au-dessus des toits veille le Kofel, dent de calcaire qui sert d'emblème au bourg et de but de randonnée aux plus vaillants ; les sentiers balisés en font le tour pour les autres. L'Ammer traverse les prés en contrebas, cloches de vaches et parapentes complètent la bande sonore, et les télécabines des sommets voisins ouvrent des panoramas qui n'exigent aucun mollet. Même une simple heure de marche en lisière de forêt suffit à comprendre pourquoi les artistes du cru n'ont jamais manqué de modèles.
Bon à savoir
Les voyageurs en croisière sur le Danube ou le Main rejoignent généralement Oberammergau depuis Munich, en autocar ou en train régional, souvent la veille d'un embarquement ou au lendemain d'un débarquement. En été, prévoyez des couches légères : l'air alpin fraîchit dès que le soleil bascule. Et gardez de la place dans les bagages, les sculptures voyagent mieux qu'on ne le croit.
Ce qui reste du détour
On repart avec des images de fresques, un ange de tilleul dans la valise et cette idée singulière qu'un village entier puisse tenir une promesse pendant quatre cents ans. Les montagnes ont protégé bien des secrets d'altitude ; celui d'Oberammergau se partage volontiers, une décennie à la fois.