Seize tours montent encore la garde au-dessus des vignes d'Oberwesel. Au Moyen Âge, elles étaient vingt et une, reliées par un rempart qui protégeait l'une des cités les plus prospères du Rhin ; l'ensemble compte aujourd'hui parmi les fortifications les mieux conservées du Rhin romantique. Les bateaux accostent au pied même de cette couronne de pierre, dans la section du Haut-Rhin moyen que l'UNESCO a inscrite au patrimoine mondial en 2002.
Marcher sur les remparts
Le chemin de ronde se parcourt librement, et c'est par lui qu'il faut commencer. On chemine de tour en tour, chacune avec sa silhouette propre, entre les toits d'ardoise d'un côté et le large ruban du fleuve de l'autre. Le Zehnerturm, benjamin de la famille, abrite une petite exposition ; l'Ochsenturm, isolé face au courant, dresse sa masse ronde comme un phare de terre ferme. Compter une heure de promenade paisible, panoramas et photos comprises.
Deux églises, deux couleurs
La ville se repère à ses églises comme à ses tours. Au sud, la Liebfrauenkirche flambe en rouge sombre, gothique et fière, avec un retable doré qui surprend dans une paroisse de cette taille. Au nord, la Martinskirche répond en blanc immaculé depuis sa butte. Entre les deux, les ruelles alignent maisons à colombages, cours d'anciens couvents, le bourg en compta neuf au Moyen Âge, et enseignes de vignerons. Le Kulturhaus complète le tableau avec ses collections d'histoire rhénane.
La Schönburg, sentinelle devenue auberge
Au-dessus des toits, la Schönburg surveille la vallée depuis le XIIe siècle. Incendiée par les troupes françaises en 1689, rebâtie au XIXe, elle vit désormais une retraite paisible d'hôtel-restaurant : on y monte par un sentier à travers les vignes pour un café sur la terrasse, avec le fleuve en contrebas et les convois de barges qui se croisent sans bruit. La montée demande une vingtaine de minutes et quelques pauses assumées.
Des châteaux à chaque coude
Ce tronçon de vallée aligne les forteresses à un rythme que l'UNESCO qualifie d'unique au monde. Juste en amont, la Pfalzgrafenstein pose sa coque de pierre blanche au milieu du courant, péage fortifié qui rançonnait jadis les bateliers ; la Gutenfels lui répond depuis le coteau. Chaque détour en révèle d'autres, ruines fières ou hôtels romantiques, et les passagers apprennent vite à garder l'appareil photo à portée. Depuis les remparts, on peut suivre ce défilé en spectateur assis, ce qui reste le luxe suprême de la vallée.
Le pays du riesling
Oberwesel vit du vin depuis les Romains, et ses coteaux d'ardoise donnent des rieslings tendus, minéraux, que les caveaux du centre servent au verre sans façon. Début septembre, la fête du vin transforme la place en banquet à ciel ouvert ; le reste de l'année, une dégustation improvisée entre deux tours suffit au bonheur. La Loreley, rocher le plus célèbre du fleuve, attend juste en amont, la plupart des itinéraires la franchissent le jour même, sirènes en option.
Conseils d'escale
Le bourg se parcourt à plat le long du Rhin, chemin de ronde excepté : prévoyez des marches et quelques escaliers pour les hauteurs, et un coupe-vent, le vent du défilé ne faiblit guère. Les caves vendent à des prix de propriété et emballent les bouteilles pour le voyage. Enfin, gardez un œil sur l'horaire de départ : la tentation de s'attarder en terrasse au bord de l'eau a déjà fait courir plus d'un passager.
Repartir au fil du courant
Quand le navire reprend sa route, les tours défilent une dernière fois derrière les vignes, et chacun comprend pourquoi les peintres romantiques ont tant aimé ce coude de la vallée. Oberwesel ne cherche pas à éblouir ; elle se contente de durer. C'est une leçon que le voyageur emporte, quelque part entre deux gorgées de riesling et le souvenir d'un chemin de ronde ouvert sur le large.