À une heure de route à l'est de Berlin, les navires prennent l'ascenseur. Le canal reliant la capitale allemande à la Baltique polonaise bute ici sur un dénivelé de 36 mètres, et l'ingénierie du XXe siècle a répondu par un monument : l'ascenseur à bateaux de Niederfinow, voisin immédiat d'Oderberg. Les croisières fluviales qui font halte dans ce coin du Brandebourg offrent un mélange rare de prouesse technique et de nature à peu près intacte.
La cathédrale d'acier de Niederfinow
Mis en service en 1934, l'ascenseur historique hisse les péniches dans une baignoire d'acier suspendue à des contrepoids, 36 mètres plus haut, en quelques minutes à peine. Le doyen des ascenseurs à bateaux encore actifs d'Allemagne attire environ un demi-million de visiteurs par année, et il a reçu en 2022 un cadet géant, capable d'avaler des convois de 110 mètres. Voir les deux ouvrages côte à côte, l'un tout en poutrelles rivetées, l'autre en béton lisse, résume un siècle de navigation intérieure. Les passerelles d'observation permettent d'assister à la manœuvre ; vivre la montée depuis le pont d'un bateau reste, bien sûr, la version royale du spectacle.
Oderberg, mémoire de la batellerie
Le bourg lui-même s'étire entre collines boisées et Vieille Oder, avec ses maisons basses et son clocher. Son musée de la navigation intérieure garde la vedette locale : le Riesa, vapeur à aubes centenaire posé à sec, entouré d'ancres, de maquettes et d'outils de mariniers. La visite se fait en une heure et donne des clés pour comprendre tout ce que la région doit à ses canaux, du flottage du bois aux convois de briques qui ont bâti Berlin.
La nature en voisine
En aval commence le parc national de la Basse-Vallée-de-l'Oder, le seul d'Allemagne consacré à un paysage de prairies inondables. Grues cendrées, castors et hérons y prospèrent entre bras morts et roselières ; au printemps et à l'automne, les vols migrateurs remplissent le ciel. Les cigognes, elles, nichent sur les cheminées des villages de l'Oderbruch tout proche. Une sortie à vélo sur les digues ou une simple marche au bord de la rivière suffit pour saisir l'atmosphère : horizontale, silencieuse, traversée d'ailes. Les pêcheurs de brochets tiennent leurs postes sur la Vieille Oder, et les barques de location permettent d'aller saluer les castors au ras de l'eau, à condition de rentrer avant l'heure du départ.
Un canal entre deux capitales
La voie d'eau qui passe ici relie Berlin à Szczecin, l'ancien grand port de la Baltique, et ce cordon liquide explique tout le paysage : maisons d'éclusiers, auberges de bord de quai, alignements de peupliers plantés pour couper le vent. Au début du XXe siècle, l'Allemagne impériale voulut un ouvrage à la mesure de ce trafic ; l'ascenseur en fut le couronnement, et les campagnes alentour vivent toujours au rythme des convois. Le nouveau centre d'accueil de Niederfinow ajoute expositions et belvédères pour saisir la manœuvre sous tous les angles.
Conseils d'escale
Tout se joue à petite échelle : distances courtes, reliefs doux, cafés sans prétention où le gâteau du jour vaut la peine. Les excursions proposées combinent généralement l'ouvrage de Niederfinow, le musée et un village de l'Oderbruch ; les marcheurs indépendants trouveront des sentiers balisés dès la sortie du bourg. Prévoir des jumelles pour les oiseaux et une veste coupe-vent, la plaine ne retient rien. Les cartes passent presque partout, mais un peu de monnaie facilite l'achat de miel ou de confitures à la ferme.
Dernier palier
Au départ, le bateau glisse vers son rendez-vous avec la grande baignoire d'acier, et les passagers se massent sur le pont pour la manœuvre. Monter de 36 mètres sans une vague, entre deux forêts du Brandebourg : voilà un souvenir que peu d'itinéraires peuvent promettre. La mer a ses tempêtes ; les canaux ont leurs ascenseurs, et l'on ne sait plus très bien lequel impressionne davantage.