Cinq flèches signalent Oldenburg bien avant les faubourgs : celles de la Lambertikirche, qui culminent à 86 mètres au-dessus du marché. La ville s'est bâtie à un gué de la Hunte, au carrefour des canaux qui relient la Weser à l'Ems, et les bateaux de croisière fluviale qui sillonnent le nord-ouest de l'Allemagne y trouvent une étape à la fois ducale et étudiante, où le vélo est roi et la brique omniprésente.
Un duché en jaune
Pendant des siècles, comtes puis ducs d'Oldenburg ont gouverné depuis leur Schloss, un palais d'un jaune franc qui ferme la perspective du centre. Il abrite aujourd'hui le musée d'art et d'histoire culturelle du Land : maîtres anciens, mobilier d'apparat, salles d'époque où l'on mesure ce que fut cette petite cour du Nord. Derrière, le Schlossgarten déroule ses pelouses à l'anglaise, ses rhododendrons et ses canaux paresseux ; les habitants y promènent poussettes et éditions de poche dès le premier rayon de soleil.
Le marché et la Lambertikirche
Sur la place principale, l'église Saint-Lambert cache son jeu : derrière une façade néogothique à cinq tours se déploie une rotonde classique claire, inattendue, ajoutée au XVIIIe siècle à l'intérieur d'un vaisseau médiéval. Les jours de marché, les étals de poisson fumé, de fromages et de fleurs cernent l'ancien hôtel de ville, et le parfum du café grillé flotte jusqu'aux ruelles voisines : la région se dispute avec la Frise orientale le titre de royaume allemand du café.
Flâner au centre piéton
Le centre ancien s'est fermé tôt aux voitures, et cela s'entend : conversations, sonnettes de vélos, musiciens de rue. Les venelles alignent boutiques indépendantes, librairies et cafés dans des maisons de brique aux pignons soignés. Les amateurs d'art pousseront jusqu'au Horst-Janssen-Museum, consacré au dessinateur virtuose enfant du pays, ou aux collections de la Augusteum ; les autres se contenteront de flâner, ce qui constitue ici une activité parfaitement officielle.
Chevaux, canaux et plat pays
Le nom de la ville circule dans tous les manèges du monde : l'oldenbourg, race d'élégants chevaux de sport, est né dans les herbages qui entourent la cité. Les excursions à vélo suivent la Hunte vers le nord, entre prés, fermes et écluses, sur un terrain si plat que les mollets n'ont pas voix au chapitre. C'est la meilleure façon de comprendre ce coin de Basse-Saxe : de l'eau canalisée, de l'herbe grasse, des clochers au loin et un ciel immense qui fait la moitié du paysage.
Brême en excursion
Les itinéraires qui accordent une journée entière proposent souvent Brême, à une quarantaine de kilomètres : sa place du marché inscrite à l'UNESCO, la statue de Roland, les musiciens de la fable des frères Grimm immortalisés en bronze et le quartier des artisans du Schnoor, ruelles à peine plus larges qu'un parapluie. Le contraste avec la douceur oldenbourgeoise ajoute du relief au séjour, et le retour par la plaine, entre fermes et moulins, vaut à lui seul le déplacement.
La pause qui s'impose
Avant de regagner le bord, accordez-vous le rituel local : un pot de café servi avec du gâteau au beurre ou une part de tarte aux prunes, en terrasse si la saison le permet. Les portions sont nordiques, la conversation facile, et l'addition raisonnable. Le voyageur pressé n'existe pas à Oldenburg ; on l'a rayé du vocabulaire en même temps que les voitures du centre.
En reprenant le canal
Au départ, les cinq flèches s'attardent longtemps au-dessus des arbres du Schlossgarten. On quitte une cité qui n'a rien d'un décor et tout d'un art de vivre : du jaune ducal, du vert anglais, du noir de café. Les grandes capitales font rêver ; les anciennes résidences, elles, apprennent à bien vivre, et la leçon se retient sans effort.