Les Romains pressaient déjà le raisin ici, et ils ne s'étaient pas trompés d'endroit. Dans une boucle serrée de la Moselle, Piesport étage ses vignes sur un amphithéâtre d'ardoise exposé plein sud, avec au centre un nom qui fait saliver les amateurs du monde entier : Goldtröpfchen, « les petites gouttes d'or ». Les bateaux s'amarrent au pied même du coteau, et le village se donne alors tel qu'il est : quelques rues, beaucoup de caves, deux mille ans de métier.
Le vignoble aux gouttes d'or
Avec environ 80 hectares d'un seul tenant, le Goldtröpfchen règne sur la Moselle : c'est le plus vaste vignoble continu de la vallée, planté presque exclusivement de riesling sur des pentes qui atteignent 60 degrés. Les vignerons y travaillent encore largement à la main, harnachés comme des alpinistes. Le résultat tient dans le verre : des blancs à la fois mûrs et tranchants, pêche et pierre à fusil, qui vieillissent des décennies. Les caveaux du village les servent sans chichi, souvent par le vigneron lui-même, et la comparaison entre parcelles occupe agréablement une fin d'après-midi.
Le pressoir des Romains
En 1985, des fouilles au pied du coteau ont mis au jour un pressoir romain du IVe siècle, sept bassins et une capacité digne d'un négoce d'empire : le plus grand connu au nord des Alpes. Restauré avec soin, il fonctionne à nouveau chaque mi-octobre lors de la fête du pressoir, quand des figurants en tunique foulent le raisin comme il y a mille six cents ans. Le reste de l'année, le site se visite librement, complété par une borne milliaire et des sarcophages qui rappellent que la route du vin fut d'abord une route romaine.
Marcher dans la boucle
Les sentiers viticoles grimpent en lacets au-dessus des toits d'ardoise ; une demi-heure d'effort ouvre le panorama sur la boucle entière, rivière étale, villages alignés comme des perles et vignes à perte de vue. Les marcheurs aguerris suivront un tronçon du Moselsteig, les contemplatifs se contenteront du belvédère le plus proche, verre du souvenir en poche. Au printemps, les cerisiers ponctuent les pentes de blanc ; en octobre, la vallée entière vire à l'or et les pressoirs tournent jour et nuit. En bas, l'église paroissiale garde des fresques baroques et la fraîcheur qui manque aux coteaux en été.
La table et la voisine romaine
Aux tables des tavernes, l'assiette vigneronne réunit charcuteries fumées, fromages fermiers et pain de seigle, avec la truite de la région en vedette les bons jours ; les becs fins termineront par un verre de vendanges tardives en guise de dessert, à moins qu'un sekt local, pris en apéritif, n'ait déjà donné le ton. Et si le programme le permet, Neumagen-Dhron, tout près en aval, revendique le titre de plus ancien bourg viticole d'Allemagne : on y admire la copie du célèbre navire de pierre romain chargé de tonneaux, retrouvé dans un monument funéraire et devenu l'emblème de toute la vallée.
Conseils d'escale
Chaussures à semelles franches pour les sentiers, chapeau pour la réverbération, et modération calculée dans les caveaux : les pentes se descendent moins bien qu'elles se montent. Les excursions organisées ajoutent souvent une dégustation commentée ou la visite d'un domaine familial ; les indépendants n'ont qu'à pousser une porte, l'accueil fait partie du terroir. Les bouteilles achetées voyagent très bien calées dans une valise, demandez le carton adapté.
Le dernier verre
Au départ, le navire longe une dernière fois le coteau doré, et l'on comprend le nom du lieu sans traduction. Certaines escales offrent des monuments ; Piesport offre un goût, précis, minéral, impossible à confondre. C'est un souvenir qui se range en cave et se rouvre des années plus tard, exactement là où la Moselle l'avait laissé.