Bien avant d'apercevoir les quais, le voyageur comprend que Potsdam ne ressemble à aucune autre étape de la Havel. La rivière s'élargit en une succession de lacs bordés de forêts, puis des coupoles, des colonnades et des toits princiers émergent entre les arbres. Résidence des rois de Prusse pendant plus de deux siècles, la capitale du Brandebourg déploie autour de son centre l'un des plus vastes ensembles de résidences royales et de parcs d'Europe, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1990.
Arriver par la Havel
Selon les itinéraires, les bateaux de croisière fluviale accostent aux quais centraux proches de la Lange Brücke, à quelques minutes de marche de la vieille ville, ou au nord, sur les rives du Jungfernsee. Depuis le pont, le regard embrasse déjà la coupole de l'église Saint-Nicolas, dessinée par l'architecte Karl Friedrich Schinkel, qui domine la place du Vieux-Marché et le château municipal reconstruit, siège du parlement régional.
Sanssouci, la vigne devenue palais
Le domaine de Sanssouci commence à environ deux kilomètres des quais, une distance qui se franchit en tramway, en autobus ou à pied par les rues élégantes du centre. Frédéric II fit édifier entre 1745 et 1747 cette résidence d'été d'un seul étage, posée au sommet d'un vignoble en terrasses. L'escalier central monte entre les treilles jusqu'à la façade jaune ornée d'atlantes, d'où la vue plonge sur les bassins et les allées du parc. Plus loin dans les jardins, le Neues Palais affiche la démesure voulue par le roi après la guerre de Sept Ans, tandis que le moulin historique rappelle la légende du meunier qui tint tête au souverain.
Le quartier hollandais et les rues du centre
De retour vers le cœur de la ville, la Mittelstraße aligne quelque 130 maisons de brique rouge à pignons, construites au XVIIIe siècle pour attirer des artisans des Pays-Bas. Ce quartier hollandais, unique en Europe continentale par son ampleur, s'est rempli de cafés, de galeries et de boutiques d'artisans. À deux rues de là, la porte de Brandebourg de Potsdam, élevée en 1770, précède de vingt ans sa célèbre homonyme berlinoise; elle ouvre sur la Brandenburger Straße, l'artère piétonne où bat la vie quotidienne.
Cecilienhof et la mémoire du XXe siècle
Au nord du centre, dans le Nouveau Jardin qui borde le Jungfernsee, Cecilienhof ressemble à un manoir anglais à colombages. C'est ici que Truman, Staline et Churchill, puis Attlee, se partagèrent l'Europe lors de la conférence de Potsdam, à l'été 1945. Les salles de négociation se visitent encore. En longeant l'eau vers le sud, on rejoint le pont de Glienicke, surnommé le pont des espions : pendant la guerre froide, les services secrets y échangeaient leurs agents au-dessus de la Havel, exactement sur la ligne qui séparait les deux Allemagnes.
Composer son escale
- À pied depuis les quais centraux : Vieux-Marché, église Saint-Nicolas, quartier hollandais et rues commerçantes.
- En tramway ou en autobus : parc de Sanssouci et Nouveau Palais, comptez une demi-journée pour les jardins.
- En excursion organisée : Cecilienhof, Nouveau Jardin et pont de Glienicke se combinent aisément.
- Les intérieurs exigent souvent un billet à horaire fixe : réserver tôt en haute saison.
Repartir entre deux rives
Le soir venu, quand le bateau reprend le fil de la Havel, les parcs défilent une dernière fois derrière les roseaux. Potsdam laisse cette impression singulière d'une ville-jardin où chaque génération, des rois philosophes aux diplomates de 1945, a voulu laisser sa marque au bord de l'eau. Le passager, lui, repart avec des images de terrasses plantées de vignes et de ponts chargés de secrets, et l'envie assumée de revenir un jour compter les palais qu'il n'a pas eu le temps de voir.