On commande ici son café en allemand, mais on le déguste avec un accent de France. Sarrebruck, capitale du Land de la Sarre, a changé plusieurs fois de drapeau au fil des deux derniers siècles, et cette histoire mouvementée se lit dans ses assiettes, ses façades baroques et sa manière de vivre dehors dès les premiers beaux jours. Les navires fluviaux s'amarrent le long de la Sarre, à quelques pas des ponts qui relient les deux moitiés de la ville.
Alt-Saarbrücken, la rive des princes
Sur la rive gauche, l'ancien quartier princier s'organise autour du château, reconstruit au XVIIIe siècle par l'architecte Friedrich Joachim Stengel et doté depuis d'un corps central de verre résolument contemporain. Sa terrasse domine la rivière et les toits. Tout près, la place du château et ses hôtels particuliers mènent à la Ludwigskirche, l'église luthérienne considérée comme le chef-d'œuvre de Stengel : un vaisseau blanc et lumineux, entouré d'une esplanade dessinée d'un seul geste, qui compte parmi les plus belles réussites du baroque protestant allemand.
Sankt Johann, la rive qui vit
En traversant le pont, changement d'ambiance. Le quartier Sankt Johann concentre boutiques, bistros et terrasses autour de sa place du marché, où la fontaine de Stengel côtoie les parasols. Les ruelles voisines, comme la Froschengasse et ses maisons d'artisans restaurées, invitent à flâner le nez en l'air. La basilique Saint-Jean, élevée au milieu du XVIIIe siècle, ajoute sa façade baroque à l'ensemble; à quelques rues, la Bahnhofstrasse aligne les grandes enseignes pour ceux qui veulent magasiner. Les amateurs d'art poussent jusqu'à la Galerie moderne du Saarlandmuseum, au bord de l'eau, réputée pour ses expressionnistes allemands.
Le long de la Sarre
Les berges aménagées se prêtent à une promenade tranquille entre les ponts, au pied du théâtre d'État dont la silhouette monumentale se reflète dans l'eau. Le vieux pont de pierre qui relie les deux rives date du XVIe siècle : arrêtez-vous-y au couchant, quand les façades s'allument dans le courant. Cyclistes, coureurs et familles s'y croisent; des escaliers descendent jusqu'au niveau de la rivière, où des péniches passent sans hâte. Par beau temps, les pelouses se couvrent de pique-niques, et l'on comprend que la Sarre n'est pas une frontière mais un trait d'union.
Un art de vivre franco-allemand
La France commence à quelques kilomètres en amont, et cela s'entend dans les boulangeries où les baguettes voisinent avec les bretzels. Le jardin franco-allemand, créé en commun par les deux pays à la lisière de la ville, symbolise cette réconciliation devenue quotidienne. Côté table, les brasseries servent aussi bien la choucroute que la quiche lorraine, arrosées d'un vin de Moselle ou d'une bière régionale : l'escale a des airs de repas de famille transfrontalier.
Repères pratiques
- Amarrage en zone urbaine : château, Ludwigskirche et place du marché se rejoignent à pied.
- Les deux rives se relient par plusieurs ponts; parcours plat et agréable.
- Marché sur la place Sankt Johann certains jours de semaine; boutiques fermées le dimanche.
- Monnaie : euro. Le français est souvent compris dans les commerces.
Entre deux pays, un au revoir
Quand le navire reprend le fil de la Sarre, le château s'éloigne sur sa terrasse et les clochers baroques se fondent dans la verdure. Sarrebruck n'a ni la taille ni la prétention des grandes capitales, mais elle possède ce que bien des métropoles ont perdu : une échelle humaine, deux cultures qui se répondent et le goût des plaisirs simples. On repart avec l'envie de dire, comme les gens d'ici, que la frontière est surtout une invitation.