Sassnitz-Rugen Rugen Island Germany

Bien avant l'escale, une ligne blanche barre l'horizon de la Baltique : les falaises de craie de Jasmund, que Caspar David Friedrich a immortalisées et que des générations de peintres ont poursuivies depuis. Sassnitz, sur l'île de Rügen, en garde l'entrée. L'ancienne cité de pêcheurs et de bains de mer accueille les navires dans son bassin protégé par de longues jetées, au pied d'une ville étagée qui regarde la mer.

Du port à la ville haute

Le vieux port a conservé ses bateaux de pêche, ses étals de poisson fumé et son phare trapu au bout du môle. Une élégante passerelle suspendue enjambe la rue du front de mer et relie directement les quais au centre, épargnant la montée aux jambes fatiguées. En haut, les villas blanches de l'architecture balnéaire du XIXe siècle rappellent l'époque où l'aristocratie prussienne venait prendre les eaux; plusieurs abritent aujourd'hui cafés et galeries. Sur les quais, un petit musée de la pêche et, plus étonnant, un sous-marin britannique ouvert aux visites rappellent les vies successives de ce bassin, longtemps porte des traversiers vers la Suède. Comptez une bonne heure pour flâner entre les quais et le centre avant de partir vers les hauteurs.

Jasmund, la forêt sur la craie

Le parc national de Jasmund commence aux portes mêmes de Sassnitz. Ses hêtraies anciennes, inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO, poussent jusqu'au bord des falaises, et les sentiers serpentent sous les frondaisons avec, par échappées, des à-pics blancs plongeant dans une mer turquoise. Depuis l'entrée du parc, deux kilomètres de marche mènent aux Wissower Klinken, premières dentelures spectaculaires du rivage. Le sentier de crête relie Sassnitz au Königsstuhl en une dizaine de kilomètres : les bons marcheurs font l'aller à pied et reviennent en autobus.

Le Königsstuhl, le trône du roi

Point d'orgue du parc national, le Königsstuhl culmine à 118 mètres au-dessus des flots. Des autobus relient Sassnitz au centre des visiteurs, qui explique la formation de la craie et la fragilité de ces parois en recul constant. Une passerelle en boucle, inaugurée récemment, s'avance au-dessus du vide et offre une vue plongeante sur la paroi et la Baltique, sans piétiner le site. Les panoramas voisins, comme la Victoria-Sicht, complètent le spectacle. Prévoyez de bonnes chaussures : sous les hêtres, les sentiers deviennent glissants après la pluie.

Les falaises vues de la mer

Autre perspective, tout aussi mémorable : les vedettes qui s'élancent du bassin longent la côte au pied des parois. De l'eau, la muraille blanche coiffée de forêt prend toute sa démesure, et l'on comprend pourquoi les capitaines d'autrefois s'en servaient d'amer. Par temps clair, la craie renvoie une lumière presque aveuglante, striée des gris et des verts de la végétation.

Repères pratiques

  • Accostage dans le bassin portuaire; centre-ville accessible par la passerelle suspendue.
  • Königsstuhl : liaison en autobus depuis la ville, puis sentiers et passerelle panoramique.
  • Wissower Klinken : environ deux kilomètres de marche depuis l'entrée du parc, sentiers forestiers.
  • Monnaie : euro. Poisson fumé sur le port : le casse-croûte local par excellence.

Une ligne blanche dans le sillage

Au départ, les falaises accompagnent longtemps le navire, ligne blanche posée entre mer et forêt. On emporte de Sassnitz un contraste rare : la rudesse d'un port de pêche baltique et la délicatesse d'un paysage que les romantiques ont élevé au rang d'icône. Ceux qui ont vu la falaise s'embraser au couchant le savent : certains paysages ne se racontent pas, ils s'éprouvent.