Le carillon de la cathédrale sonne, et aussitôt lui répond le timbre plus léger de centaines de sonnettes de vélos. Münster s'écoute autant qu'elle se regarde. Cette cité de Westphalie, desservie par le canal Dortmund-Ems, est réputée comme la capitale allemande de la bicyclette : on y compte plus de vélos que d'habitants, et les pistes cyclables y tissent un réseau que bien des métropoles envient. Pour le passager fluvial, c'est une escale urbaine au rythme étonnamment doux.
Du bassin portuaire au centre ancien
Les bateaux font halte sur le canal Dortmund-Ems, dont les écluses comptent parmi les plus fréquentées du réseau navigable allemand. L'ancien bassin municipal, le Stadthafen, a troqué ses entrepôts contre des restaurants, des galeries et des bureaux : les façades de brique se reflètent dans l'eau, entre grues conservées et terrasses animées. De là, le centre historique se rejoint à pied ou, plus localement encore, à vélo.
Le Prinzipalmarkt et la paix de Westphalie
Le cœur de la cité bat sur le Prinzipalmarkt, une place allongée bordée de maisons à pignons dont les arcades abritent commerces et cafés. Détruite en grande partie durant la Seconde Guerre mondiale, elle a été reconstruite par les habitants dans le respect du parcellaire ancien, en réutilisant les matériaux d'origine chaque fois que possible. Le résultat force l'admiration tant l'ensemble paraît n'avoir jamais souffert.
L'hôtel de ville gothique s'y distingue par sa façade à gâble ajouré. C'est dans sa salle de la Paix, la Friedenssaal, que fut conclue en 1648 une partie des traités de Westphalie mettant fin à la guerre de Trente Ans, un moment fondateur de la diplomatie européenne. La salle, lambrissée de boiseries sombres, se visite et conserve les portraits des négociateurs.
À l'extrémité nord de la place, l'église Saint-Lambert porte encore, suspendues à sa tour, trois cages de fer du XVIe siècle : elles rappellent le destin tragique des meneurs anabaptistes qui firent de Münster, un temps, une cité rebelle. Ce détail macabre intrigue toujours les passants qui lèvent les yeux.
La cathédrale et les plaisirs du marché
À deux pas, la cathédrale Saint-Paul occupe une place généreuse où se déploie, les mercredis et samedis, l'un des plus beaux marchés de plein air de la région. Fromages de Westphalie, jambons fumés, fleurs et légumes des campagnes voisines : l'occasion parfaite de composer un pique-nique ou de goûter une spécialité sur le pouce. L'intérieur de l'édifice mérite un détour pour son horloge astronomique du XVIe siècle, dont le mécanisme s'anime à heure fixe.
- Le quartier des ruelles autour de la Rothenburg invite à la flânerie entre librairies et boutiques.
- Le lac Aasee, à quelques minutes du centre, déroule ses rives gazonnées prisées des promeneurs.
- Le jardin botanique, niché derrière le château prince-épiscopal, offre une parenthèse de verdure gratuite.
Une jeunesse perpétuelle
Avec ses dizaines de milliers d'étudiants, Münster respire une énergie qui équilibre la solennité de ses monuments. Les cafés débordent sur les trottoirs, les librairies restent nombreuses, et la population circule à bicyclette par tous les temps, imperméable sur le dos et panier chargé. Cette vitalité donne à l'escale un caractère vivant : on n'y contemple pas seulement des pierres, on y observe une manière de vivre la ville, apaisée et conviviale.
L'heure de reprendre le canal
Au moment de revenir vers le bassin, le voyageur emporte un mélange singulier : la gravité de la salle où l'Europe apprit à négocier la paix, la silhouette des pignons du Prinzipalmarkt, et le tintement omniprésent des sonnettes. Münster démontre qu'une grande histoire peut s'accorder avec une douceur de vivre bien réelle. Il n'est pas rare que des passagers notent son nom pour un futur séjour prolongé, cette fois avec un vélo de location et tout le temps du monde.