Tangermunde Germany Saxony-Anhalt

Vue du fleuve, Tangermünde ressemble à une enluminure : une muraille de brique rouge dressée sur la berge, des tours coiffées d'ardoise, un clocher qui domine l'ensemble. Les bateaux fluviaux accostent au pied même de cette façade médiévale, au confluent de l'Elbe et de la petite rivière Tanger. La cité de l'Altmark fut au XIVe siècle la résidence favorite de l'empereur Charles IV, souverain du Saint-Empire, qui songea même à en faire le pendant nordique de sa chère Prague; elle en garde une densité de patrimoine étonnante pour quelques milliers d'habitants.

Monter du fleuve à la vieille ville

Depuis l'appontement, une rampe franchit la porte de l'Elbe et grimpe directement dans les ruelles. En quelques minutes, on passe des prairies inondables aux pavés, sans autobus ni navette : voilà l'un des grands plaisirs de cette escale, tout se joue à pied dans un périmètre compact. Le château, plusieurs fois remanié au fil des siècles, occupe l'éperon au-dessus du confluent; son parc et sa terrasse offrent le plus beau regard sur le fleuve, les barges et la plaine qui s'étire vers l'horizon, et l'on y prend volontiers un café à l'ombre des vieux arbres.

La brique à son sommet

Tangermünde appartient à la route européenne du gothique de brique, et deux édifices montrent pourquoi. L'hôtel de ville, élevé vers 1430 par le maître Hinrich Brunsberg, dresse une façade d'apparat où la terre cuite se fait dentelle : rosaces, pinacles et frises ajourées rivalisent avec la pierre des cathédrales. L'église Saint-Étienne, vaste halle gothique, porte quant à elle le plus haut clocher de la région de l'Altmark; son intérieur lumineux abrite un orgue baroque réputé et la mémoire des riches marchands de la Hanse, à laquelle la cité appartint du temps de sa prospérité commerciale.

Remparts, portes et colombages

L'enceinte du début du XIVe siècle enserre toujours le noyau ancien sur presque tout son pourtour, haute par endroits de plus de dix mètres. La porte des Neustädter, avec son cylindre finement ouvragé, compte parmi les plus belles portes médiévales du nord de l'Allemagne. À l'intérieur des murs, la grande rue aligne des maisons à colombages du XVIIe siècle, reconstruites après l'incendie qui ravagea presque tout en 1617. Ce drame a sa légende : Grete Minde, une jeune femme accusée d'avoir allumé le feu et exécutée au terme d'un procès expéditif, inspira plus tard un roman à Theodor Fontane; sa figure veille aujourd'hui près de l'hôtel de ville, réhabilitée par la mémoire populaire qui a fait d'elle une innocente sacrifiée.

Flâner au fil de l'eau

Redescendu vers la berge, le chemin de halage invite à une promenade tranquille le long de l'Elbe, où passent cigognes, hérons et cyclistes de la véloroute de l'Elbe, l'un des grands itinéraires cyclables d'Allemagne. Les brasseries des ruelles servent une cuisine régionale sans chichis; la bière locale accompagne volontiers un plat de sandre du fleuve. Aux beaux jours, les terrasses s'installent sous les tours, et le temps ralentit à la mesure du courant.

Une escale hors des sentiers battus

Tangermünde ne figure sur aucune liste de grandes capitales, et c'est précisément sa force. En deux ou trois heures, on y traverse sept siècles, de l'empereur bâtisseur aux colombages des bourgeois, sans croiser de files d'attente. Prenez plutôt le temps de vous perdre entre les cours et les venelles, là où les siècles se lisent dans l'appareillage des murs, du gothique flamboyant au colombage penché. Quand le bateau largue les amarres, la muraille rouge glisse lentement le long du bord, et chacun mesure la chance d'avoir vu l'un des ensembles de brique les mieux conservés d'Allemagne avant que le plus grand nombre ne le remarque.