À heures fixes, la circulation s'arrête à Wolgast : le vieux pont bascule, surnommé le « miracle bleu », lève son tablier d'acier pour laisser passer voiliers et caboteurs sur le Peenestrom. La scène amuse toujours les passagers des bateaux qui font halte au port municipal, à quelques minutes du centre. Face à la localité s'étend l'île d'Usedom et ses stations balnéaires; derrière elle, la Poméranie rurale. Wolgast vit ainsi, en gardienne du passage, depuis le temps des ducs.
Un débarquement au bord du chenal
Le port municipal borde directement la vieille localité : on descend la passerelle, on traverse la promenade, et les premières façades à pignons apparaissent. Sur l'île fluviale voisine, la Schlossinsel, s'élevait jadis le château des ducs de Poméranie, résidence fastueuse démantelée après les guerres du XVIIe siècle; il en reste un quartier paisible d'ateliers et de hangars à bateaux, agréable pour une première boucle à pied le long de l'eau.
La danse macabre de Saint-Pierre
Sur la hauteur, l'église Saint-Pierre domine les toits de sa masse gothique. L'intérieur réserve la curiosité la plus saisissante de l'escale : une danse macabre peinte, cycle inspiré des célèbres gravures de Holbein, où squelettes et vivants de toutes conditions se donnent la main — rappel, siècle après siècle, que nul n'échappe à la ronde. La crypte abrite par ailleurs les sarcophages de plomb des derniers ducs de Poméranie, dont la lignée s'éteignit pendant la guerre de Trente Ans.
Un moulin à café et un peintre romantique
Le musée d'histoire locale occupe un bâtiment si singulier que les habitants l'ont baptisé « moulin à café » : une maisonnette baroque coiffée d'un toit en cloche, posée comme un jouet au bord de la place. On y découvre le passé portuaire et les heures sombres et lumineuses de la région. À quelques rues, la maison natale de Philipp Otto Runge, l'un des grands peintres du romantisme allemand, expose reproductions et documents sur cet enfant du pays parti trop tôt. L'hôtel de ville aux façades claires et la place du marché complètent la promenade, ponctuée de cafés sans prétention.
Vers Usedom et Peenemünde
Wolgast sert aussi de porte d'entrée aux excursions :
| Destination | Accès depuis le quai | Intérêt principal |
| Peenemünde | Environ 20 minutes de route | Musée historico-technique sur le site d'essais de fusées de la Seconde Guerre mondiale |
| Stations impériales d'Usedom | Environ 40 minutes de route | Villas balnéaires du XIXe siècle, longues plages de sable |
Le contraste est saisissant entre les villas blanches d'Ahlbeck ou de Heringsdorf, où l'aristocratie prussienne prenait les eaux, et les halls de béton de Peenemünde, où furent conçues les fusées V2 — un lieu de mémoire qui interroge autant qu'il documente la naissance de l'ère spatiale.
Le long du Peenestrom
Le bras d'eau qui borde la localité constitue une réserve naturelle à ciel ouvert : roselières, prés humides et vasières attirent hérons, balbuzards et, avec un peu de chance, le pygargue à queue blanche qui niche dans la région. Les sentiers du rivage se prêtent à une marche digestive entre deux visites, et les bancs face au chenal offrent un poste rêvé pour regarder manœuvrer voiliers et péniches.
Quand le pont se relève
En fin d'après-midi, retour à la promenade du bord de l'eau. Les pêcheurs remballent leurs lignes, l'odeur de poisson fumé flotte près des cabanes, et le tablier bleu du pont se relève une dernière fois pour libérer le chenal. Wolgast n'a ni la gloire des grandes cités hanséatiques ni le lustre des stations voisines; elle a mieux à offrir aux voyageurs curieux : la vie quotidienne d'un passage entre fleuve et mer, observée depuis le premier rang.