Le 2 octobre 1869, dans une maison à étages d'une ville marchande du Gujarat, naissait Mohandas Karamchand Gandhi. Porbandar, port ancien de la mer d'Arabie tourné depuis des siècles vers le commerce avec l'Afrique et l'Arabie, serait sans doute restée une escale confidentielle sans cet enfant devenu Mahatma, la « grande âme ». Les navires qui longent la côte ouest de l'Inde y font halte pour marcher jusqu'au lieu de naissance de l'homme qui a désarmé un empire.
Un port de commerce au seuil de la ville
Les navires accostent à un port en eau profonde équipé d'une jetée d'environ 210 mètres, à courte distance de la ville. Depuis la porte du port, le centre se rejoint à pied pour les bons marcheurs ou en autorickshaw, ces triporteurs omniprésents dont la course se négocie avant le départ. L'arrivée plonge d'emblée dans l'Inde des ports moyens : entrepôts, barques de pêche peintes de couleurs vives, odeurs de sel et d'épices mêlées.
Kirti Mandir, la maison du Mahatma
Au cœur de la vieille ville, le mémorial de Kirti Mandir s'élève à l'endroit même où Gandhi vit le jour. La tour du sanctuaire mesure 79 pieds, soit environ 24 mètres, un chiffre choisi en écho aux 79 années de sa vie. On y parcourt des salles consacrées à son parcours, photographies, objets personnels et bibliothèque, avant de passer dans la demeure ancestrale attenante, la maison familiale proprement dite. Une marque au sol y signale la pièce de sa naissance. Le lieu reste sobre, fréquenté par des pèlerins indiens plus que par des touristes, et cette ferveur discrète fait toute la force de la visite.
Sudama, l'ami de Krishna
À environ 600 mètres de là, le temple de Sudama rappelle que Porbandar s'enorgueillit d'une autre figure, plus ancienne encore : la tradition en fait la patrie de Sudama, l'ami d'enfance pauvre du dieu Krishna, héros d'un des récits les plus aimés de l'hindouisme sur l'amitié et l'humilité. Le sanctuaire blanc, dédié à ce personnage rarement honoré ailleurs, attire les couples et les familles venus de tout le Gujarat. S'y arrêter permet de saisir la profondeur religieuse de cette côte, dont Dwarka, haut lieu krishnaïte, n'est pas éloignée.
Curiosités d'une cité princière
- Le Bharat Mandir, pavillon-musée posé dans un jardin, célèbre l'histoire et la géographie de l'Inde avec une grande carte en relief du sous-continent.
- Le planétarium Tara Mandir, parmi les plus anciens du pays, témoigne du goût des anciens souverains locaux pour l'éducation.
- Un sanctuaire d'oiseaux, à environ 3 kilomètres du quai, accueille flamants, pélicans et échassiers sur ses plans d'eau, et se combine aisément avec le centre.
L'Inde à hauteur de rue
Entre deux sites, les rues elles-mêmes retiennent l'attention : demeures de négociants aux balcons sculptés, échoppes de tissus où se plient les saris, vendeurs de thé masala officiant au coin des rues, vaches indifférentes à la circulation. Porbandar ne s'est pas apprêtée pour les visiteurs, et c'est un avantage. Les passagers qui acceptent le bruit, la poussière et la curiosité bienveillante des habitants y trouvent une immersion que les grandes portes d'entrée du pays, plus rodées, offrent rarement.
Ce qui reste au départ
En regagnant la passerelle, beaucoup repensent à la petite pièce marquée au sol du mémorial. Un homme parti de cette ruelle du Gujarat a fini par faire plier le plus vaste empire du monde sans lever une arme. Vue depuis la mer d'Arabie, Porbandar qui s'éloigne semble porter ce paradoxe avec tranquillité, comme une évidence qu'elle n'a jamais eu besoin de proclamer.