La mer d'Andaman déroule un bleu si tranquille autour de Port Blair qu'on peine à imaginer le poids d'histoire que porte cette capitale insulaire. L'archipel des Andaman, rattaché à l'Inde mais plus proche de la Birmanie que du continent indien, est longtemps resté à l'écart des grandes routes maritimes. Les voyageurs qui s'y arrêtent aujourd'hui trouvent une ville verdoyante, étagée entre collines et criques, où la mémoire de la lutte pour l'indépendance côtoie des rivages plantés de cocotiers.

De Haddo Wharf au cœur de la ville

Les navires accostent à Haddo Wharf, un long quai commercial situé à environ trois kilomètres du centre. La zone portuaire se prête mal à la marche, mais taxis et autorickshaws attendent à la sortie et rejoignent les premiers attraits en une dizaine de minutes. La route longe le rivage, croise des étals de poissons et des échoppes colorées, puis grimpe vers les quartiers animés où klaxons, saris et parfums de cari composent une Inde en format insulaire, plus douce et plus lente que celle du continent.

La prison cellulaire, mémoire de l'Inde

Sur une pointe face à la mer se dresse la Cellular Jail, le lieu le plus marquant de l'escale. Construite par les autorités britanniques au tournant du XXe siècle, cette prison enfermait les opposants politiques indiens dans des centaines de cellules individuelles, si loin de leur terre natale que la déportation portait un nom redouté, le « Kala Pani », les eaux noires. Trois des sept ailes d'origine subsistent, déployées en étoile autour d'une tour centrale. On parcourt les coursives et les cellules étroites dans un silence que même les groupes les plus bavards finissent par respecter. Cette visite éclaire tout le reste de la journée : ces îles paisibles furent d'abord un lieu d'exil.

Ross Island, la capitale rendue à la jungle

Depuis la jetée du quartier Aberdeen, une traversée d'une quinzaine de minutes mène à Ross Island, siège de l'administration britannique de 1858 à 1941. Le contraste saisit dès le débarquement : église sans toit, salle de bal effondrée, résidences coloniales étreintes par les racines de ficus centenaires. Des cerfs axis circulent librement entre les ruines, indifférents aux visiteurs. Un séisme puis l'occupation japonaise ont vidé cette capitale miniature, que la végétation reprend patiemment depuis. La promenade, courte et facile, compte parmi les plus étonnantes de l'océan Indien.

Corbyn's Cove, la pause sous les cocotiers

À sept kilomètres du centre, l'anse de Corbyn's Cove courbe son sable clair entre la route côtière et une rangée de cocotiers penchés. La baie, bien abritée, garde une eau calme qui convient à la baignade. Des paillotes servent noix de coco fraîches et collations frites, pendant que les familles de la ville viennent y prendre l'air en fin de journée. Le trajet vaut à lui seul le déplacement, la route épousant les criques avec de larges échappées sur la mer. Les amateurs de fonds marins peuvent aussi se renseigner sur les sorties de plongée légère organisées dans les récifs voisins, parmi les mieux préservés de l'océan Indien.

Organiser ses heures à terre

Prévoyez des roupies en petites coupures et entendez-vous sur le tarif du taxi avant de monter. La chaleur humide invite à commencer tôt par la prison cellulaire, à garder Ross Island pour la mi-journée, puis à terminer par la plage. Les distances restent courtes, mais la circulation du centre peut ralentir le retour vers le quai : gardez une bonne marge avant le départ du navire.

En regagnant Haddo Wharf, beaucoup de passagers emportent une image double : celle d'un archipel d'une grande douceur, et celle des murs où s'est écrite une page austère de l'histoire indienne. C'est cette rencontre entre ombre et lumière qui distingue Port Blair des autres escales de l'océan Indien, et qui donne à ces quelques heures à terre une profondeur rare.