Il existe deux Bali. Celui du sud, avec ses plages bondées et ses embouteillages, et celui du nord, plus lent, plus vert, resté fidèle à la vie des villages. C'est ce second visage que découvrent les croisiéristes en débarquant à Celukan Bawang, un port commercial niché sur la côte septentrionale de l'île indonésienne, loin des circuits habituels.
Une porte d'entrée sur le nord de l'île
Le quai lui-même est fonctionnel, sans charme particulier : quelques entrepôts, des palmiers, la mer de Bali étale sous la chaleur. Tout l'intérêt de l'escale se trouve au-delà, dans un rayon d'une à deux heures de route. Chauffeurs privés et excursions organisées attendent à la sortie du port; négocier ou réserver d'avance sa journée fait ici partie des usages, et les distances se mesurent en temps de trajet plutôt qu'en kilomètres, routes de campagne obligent.
Lovina et les dauphins du matin
À une quarantaine de minutes vers l'est, la côte de Lovina aligne ses villages de pêcheurs et son sable volcanique sombre. Sa baie abrite des bandes de dauphins que les pêcheurs approchent à bord de leurs pirogues à balancier; les sorties partent traditionnellement à l'aube, mais des départs en matinée se sont développés pour les passagers des navires. L'observation reste affaire de chance et de respect des animaux. Même sans dauphins, glisser sur l'eau calme entre les pirogues colorées, avec les volcans en toile de fond, compose un souvenir très balinais. Le retour longe des villages où sèchent les filets et où les temples de quartier débordent d'offrandes fleuries.
Sources chaudes et monastère bouddhiste
Dans les collines de Banjar, à environ 45 minutes de route, l'eau soufrée jaillit de gueules de dragons sculptées dans la pierre et cascade de bassin en bassin sous les frangipaniers. Ces sources chaudes, fréquentées autant par les familles locales que par les visiteurs, invitent à une trempette réparatrice. À dix minutes de là, le monastère de Brahmavihara-Arama, plus grand sanctuaire bouddhiste de l'île, étage ses jardins et son petit Borobudur de poche à flanc de colline, face à la mer. Le silence n'y est troublé que par les cloches et les offrandes que l'on dépose.
Le temple du lac Beratan
L'excursion la plus ambitieuse grimpe vers l'intérieur montagneux, à une heure et demie ou deux de route : au bord du lac Beratan, le temple d'Ulun Danu semble flotter sur l'eau, ses toits de chaume superposés se reflétant dans le miroir du lac. Dédié à la déesse des eaux, c'est l'une des images les plus photographiées d'Indonésie. La fraîcheur d'altitude surprend agréablement, et les jardins qui entourent le sanctuaire se prêtent à une flânerie paisible avant la redescente vers la côte.
| Excursion | Trajet depuis le port | Durée sur place |
| Lovina et sa baie | 40 min environ | 1 h à 2 h |
| Sources chaudes de Banjar | 45 min environ | 1 h |
| Monastère Brahmavihara-Arama | 50 min environ | 45 min |
| Temple d'Ulun Danu Bratan | 1 h 30 à 2 h | 1 h à 1 h 30 |
Singaraja, l'ancienne capitale
Sur le chemin du retour, Singaraja mérite un arrêt : capitale de Bali à l'époque coloniale néerlandaise, la ville conserve un vieux port assoupi, une bibliothèque de manuscrits sur feuilles de palmier et de grandes avenues bordées de manguiers. On y prend la mesure d'un Bali qui vivait tourné vers le grand large bien avant l'invention du tourisme balnéaire.
En fin de journée, les passagers remontent à bord avec des images plein la tête : dragons de pierre crachant l'eau chaude, toits de chaume sur un lac de montagne, pirogues au ras des flots. Le sud de l'île a la renommée; le nord, lui, garde l'âme. Ceux qui l'ont effleuré le temps d'une escale se promettent presque toujours d'y revenir dormir un jour, pour entendre les coqs réveiller les villages.