Des goélettes de bois aux proues effilées croisent encore dans le détroit de Makassar, comme au temps où les marins bugis dominaient les routes des épices. C'est dans leur pays que l'on aborde en accostant à Pare-Pare, deuxième agglomération du Sulawesi du Sud, posée à environ 155 kilomètres au nord de Makassar. L'escale est rare sur les itinéraires, et c'est justement ce qui en fait le prix : ici, rien n'a été préparé pour le passage des navires blancs.
Une ville de marins et de commerçants
La cité vit de son port, de sa pêche et de son négoce, et cela se voit dès les premiers pas. Le long du front de mer, les entrepôts alternent avec les étals où sèchent poissons et algues, tandis que les bajaj et les motos se faufilent entre les charrettes. Les Bugis, peuple de navigateurs réputés dans tout l'archipel indonésien, construisent depuis des siècles les pinisi, ces voiliers de charge dont les coques naissent encore sur les plages du Sulawesi du Sud, sans plan écrit, selon un savoir transmis de père en fils.
Le fils du pays devenu président
La ville honore avec fierté son enfant le plus célèbre : B.J. Habibie, troisième président de l'Indonésie, ingénieur formé en Allemagne et figure respectée du pays, y est né en 1936. Sur le front de mer, un monument le représente aux côtés de son épouse Ainun, dont l'histoire d'amour a inspiré livres et films dans tout l'archipel. Les habitants viennent s'y photographier en fin de journée, quand la brise du détroit tempère la chaleur.
Marchés et vie quotidienne
Pour sentir battre le cœur de la cité, il faut pousser jusqu'aux marchés. Les étals débordent de mangues, de ramboutans, de poissons du détroit et de piments vendus par petites pyramides. Les sourires accompagnent chaque transaction, et les enfants pratiquent volontiers leurs trois mots d'anglais avec les rares passagers de croisière. Une promenade sans but précis, entre mosquées, échoppes et terrains de badminton improvisés, en dit davantage sur le Sulawesi que bien des visites guidées.
La route des hautes terres toraja
Pare-Pare doit surtout sa présence sur les cartes de croisière à sa position de porte d'entrée vers le pays toraja. Lors des escales longues, des excursions organisées grimpent vers ces hautes terres où les maisons traditionnelles, les tongkonan, dressent leurs toits en forme de proue au-dessus des rizières. Les Toraja sont connus pour leurs rites funéraires élaborés, leurs tombes creusées dans les falaises et leurs effigies de bois veillant sur les défunts. La route de montagne demande toutefois plusieurs heures dans chaque direction : l'aller-retour occupe la journée entière et ne se tente qu'avec l'encadrement du navire.
Rester au bord de l'eau
Ceux qui choisissent de demeurer en ville trouveront leur compte dans la simplicité. On longe la promenade côtière, on s'attable devant un plat de poisson grillé au sambal, on regarde les cargos et les barques se partager la rade. Le café local, corsé et sucré, se boit sans hâte à l'ombre des auvents. Rien de spectaculaire, tout de sincère : la vie d'un port indonésien qui ne joue aucun rôle.
Larguer les amarres
Au moment du départ, les pinisi rentrent souvent avec la marée, voiles affalées, moteurs toussotant. Depuis le pont, on suit du regard ces coques héritières de mille ans de navigation, et l'on mesure la chance d'avoir abordé un rivage que si peu de voyageurs connaissent. La ville ne retient personne, mais elle accompagne longtemps ceux qui l'ont regardée vivre.