À l'aube, par temps clair, une silhouette conique se découpe au sud de la rade : c'est pour elle que les navires s'arrêtent ici. Probolinggo, sur la côte nord de Java, sert de porte d'accès au mont Bromo, l'un des volcans les plus célèbres d'Indonésie. Les navires mouillent au large et les transbordeurs rejoignent le môle de Tanjung Tembaga, à environ trois kilomètres du centre; de là, tout est affaire de route et d'altitude.
Cap sur la caldeira du Tengger
L'excursion qui justifie la journée grimpe vers le massif du Tengger, à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest, soit environ une heure et demie à deux heures de trajet à travers rizières, champs de canne et villages d'altitude. Passé Cemoro Lawang, dernier bourg accroché au rebord de la caldeira, le paysage bascule : une mer de sable grise s'étend au fond d'un cirque de dix kilomètres de diamètre, d'où surgissent les cônes du Batok, strié comme un gâteau, et du Bromo, dont le cratère fume en permanence. Des véhicules tout-terrain traversent la plaine cendreuse jusqu'au pied du volcan; un escalier d'environ 250 marches mène ensuite au bord du cratère, face au grondement sourd et aux volutes de soufre. Le panorama sur la caldeira, avec le Semeru — point culminant de Java — fumant à l'horizon, compte parmi les grands spectacles d'Asie du Sud-Est. Les foules viennent d'ordinaire l'admirer au lever du soleil depuis le mont Penanjakan; en escale de jour, la lumière du matin qui sculpte les crêtes offre une belle compensation, sans le réveil à trois heures.
Le peuple du volcan
Le massif est le territoire des Tenggerais, une communauté hindouiste demeurée fidèle à ses rites depuis la chute de l'empire Majapahit. Leur temple, posé dans la mer de sable au pied du Bromo, reçoit chaque année la cérémonie du Yadnya Kasada, durant laquelle des offrandes sont lancées dans le cratère. Les cavaliers tenggerais, qui proposent leurs petits chevaux pour la traversée de la plaine, ajoutent au décor cette présence humaine qui distingue le Bromo de tous les autres volcans.
Madakaripura, la chute cachée
Certaines excursions ajoutent ou substituent la cascade de Madakaripura, à environ une heure de route du port. Au bout d'une gorge étroite tapissée de mousses, l'eau tombe d'une paroi de près de 200 mètres en rideaux successifs; on s'y avance en marchant dans le lit du torrent, trempé et ravi. La légende y situe la retraite du grand ministre Gajah Mada, figure tutélaire de l'histoire javanaise. Prévoir sandales d'eau et sac étanche; la visite dépend des conditions météo.
Et Probolinggo elle-même ?
Ceux qui restent près du rivage découvrent une ville de province javanaise sans fard : le vieux port où chargent les goélettes de bois, un marché central animé dès le matin, un temple chinois ancien témoignant des communautés marchandes d'autrefois, et des becaks — cyclopousses — qui proposent le tour des rues ombragées de tamariniers. Peu de monuments, mais un aperçu sincère du quotidien de Java-Est, à mille lieues des circuits balisés.
Réussir sa journée volcanique
- Réserver l'excursion au volcan à l'avance : la logistique tout-terrain s'organise mal à l'improviste depuis le môle.
- Emporter une couche chaude : à plus de 2 300 mètres, l'air surprend après la moiteur de la côte.
- Un foulard ou un masque protège du sable soulevé par le vent et des vapeurs sulfureuses.
- Garder une marge horaire confortable au retour : la circulation javanaise a ses humeurs.
Sur le chemin du retour, quand la moiteur tropicale reprend ses droits, le contraste laisse songeur : le matin même, on frissonnait au bord d'un cratère fumant au-dessus des nuages. C'est le cadeau singulier de cette échelle javanaise — un aller-retour entre deux mondes en une seule journée, et le souvenir durable d'une terre qui respire encore sous ses cendres.