Flores aligne ses volcans comme une phrase inachevée, d'ouest en est, sur plus de 350 kilomètres. Les navires y font escale par l'une de ses portes maritimes : le plus souvent Larantuka, blottie à la pointe orientale sous un cône volcanique, parfois Ende, sur la côte sud, ou la rade de Maumere, la plus grande localité de l'île. Trois quais différents, mais une même toile de fond : des crêtes vertes, des villages accrochés aux pentes et une vie insulaire qui n'a rien cédé à la standardisation touristique.
Larantuka la portugaise
Si le navire touche Larantuka, l'histoire s'invite d'elle-même. Les missionnaires portugais ont enraciné ici, dès le XVIe siècle, un catholicisme fervent qui s'exprime encore dans les chapelles, les confréries et les processions de la Semaine sainte, parmi les plus suivies d'Asie. Une promenade dans les rues du bord de mer mène d'églises en statues mariales, avec le détroit et l'île d'Adonara en toile de fond. Les sanctuaires restent ouverts aux visiteurs discrets, et l'endroit se parcourt à pied, au rythme des cloches et des scooters.
Kelimutu, les trois lacs
Le plus célèbre des volcans locaux porte trois lacs de cratère aux couleurs changeantes : l'un turquoise, l'autre vert sombre, le troisième presque noir, selon la chimie du moment. Perchés à 1 640 mètres près du village de Moni, ils se rejoignent par la route puis par une marche d'une trentaine de minutes jusqu'aux belvédères. L'accès le plus court part d'Ende; depuis Maumere, il faut compter environ quatre heures de route dans chaque sens, ce qui réserve l'aventure aux escales longues et aux excursions organisées. Ceux qui font le trajet en parlent longtemps : les eaux changent parfois de teinte d'une année à l'autre, et les habitants y voient le séjour des âmes.
Villages, tissages et marchés
Autour de chaque quai, les excursions mènent vers des villages où le quotidien se déroule entre séchage du cacao, pêche et métiers à tisser. L'ikat de Flores, teint aux pigments naturels puis noué fil à fil, compte parmi les plus réputés de l'archipel; regarder une tisserande assembler ses motifs aide à comprendre le prix demandé, dérisoire au regard des semaines de travail. Les marchés débordent de bananes, de noix de muscade et de poissons séchés, et les enfants transforment chaque visite en fête improvisée, réclamant une photo avant d'éclater de rire en se voyant à l'écran.
La mer, tout près
Les eaux côtières réservent leurs propres plaisirs : criques de sable sombre d'origine volcanique, jardins de corail accessibles à quelques encablures et villages de pêcheurs sur pilotis. Selon le programme du navire, une sortie en apnée ou une baignade complète agréablement la journée, dans une mer dont la température ne descend jamais bien bas. Les pêcheurs qui rentrent en fin de matinée, cales pleines et sourire aux lèvres, offrent au passage un beau spectacle de savoir-faire ancestral.
Une escale à doser
Flores impose des choix francs : Kelimutu absorbe la journée entière, tandis que la découverte du port d'attache et de ses environs se savoure en quelques heures tranquilles. Les routes sont sinueuses, les distances trompeuses; mieux vaut viser juste que viser large. Dans tous les cas, un chapeau, de l'eau et une réserve de patience souriante font partie de l'équipement de base.
Ce que garde la mémoire
Au moment où la passerelle se relève, l'île continue de dérouler ses volcans dans la brume de chaleur, comme si elle poursuivait sa longue phrase sans nous. On emporte le souvenir d'un tissu noué main, d'un lac qui change de couleur sans prévenir, d'une procession racontée par un guide fervent. Flores ne se visite pas en une journée; elle se commence, et c'est déjà beaucoup.