Une métropole de plusieurs millions d'habitants, un détroit sillonné de ferries, des odeurs de cuisine de rue et de clou de girofle : Surabaya ne fait pas dans la demi-mesure. Deuxième ville d'Indonésie, capitale de l'est de Java, elle accueille les navires au port de Tanjung Perak, face au détroit de Madura. L'endroit respire le travail : remorqueurs, cargos et pinisi de bois s'y croisent du matin au soir. De là, navettes et taxis conduisent en une trentaine de minutes vers des quartiers centraux denses, où l'histoire indonésienne s'écrit à chaque coin de rue.
La ville des héros
Pour les Indonésiens, Surabaya porte un titre que nulle autre cité ne revendique : la ville des héros. En novembre 1945, ses habitants se soulevèrent contre le retour des forces coloniales, et la bataille qui s'ensuivit devint le symbole de l'indépendance naissante. Le monument aux Héros, obélisque élancé planté dans un parc du centre, honore cette mémoire; son musée souterrain expose documents et témoignages de ces journées décisives. Le parc qui l'entoure offre un peu d'ombre bienvenue avant de reprendre la route. La visite aide à comprendre la fierté particulière qui anime cette métropole.
La maison Sampoerna, mémoire du kretek
Dans le vieux quartier, un élégant bâtiment colonial à colonnades abrite la House of Sampoerna, consacrée à l'histoire du kretek, la cigarette au girofle dont le parfum flotte sur toute l'Indonésie. On y découvre la saga d'une famille d'immigrants chinois devenue un empire, des collections d'objets anciens et, aux heures de production, des centaines d'ouvrières roulant à la main avec une dextérité stupéfiante. Le lieu, gratuit, compte parmi les visites les plus mémorables de Java, qu'on fume ou non.
Du sous-marin au quartier arabe
Au fil du fleuve Kalimas s'alignent les curiosités urbaines. Le monument Monkasel présente un vrai sous-marin soviétique de la marine indonésienne, posé en plein centre, que l'on parcourt de la proue à la salle des machines. Plus au nord, le quartier arabe serre ses ruelles marchandes autour de la mosquée d'Ampel, fondée au quinzième siècle par l'un des saints propagateurs de l'islam à Java. Parfums, dattes, étoffes et chants religieux composent une atmosphère dense, à mille lieues des galeries marchandes climatisées d'aujourd'hui.
Repères pour l'escale
| Repère | Ce qu'il faut savoir |
| Accostage | Port de Tanjung Perak, avec terminal passagers, en zone industrielle |
| Vers le centre | Navettes des compagnies ou taxis; compter environ 30 minutes |
| À voir | Monument aux Héros, House of Sampoerna, sous-marin Monkasel, quartier arabe |
| Climat | Chaleur humide toute l'année; prévoir eau et vêtements légers |
Une métropole qui vit fort
Surabaya ne se visite pas comme un musée : elle se traverse comme un courant. Les becak, ces cyclopousses colorés, se faufilent entre les voitures; négociez la course avant de monter, sourire à l'appui, cela fait partie du jeu; les warungs servent le rawon, soupe de bœuf noire comme la nuit, et le rujak cingur, salade relevée née ici. Les grands centres commerciaux offrent une pause fraîche quand la moiteur devient trop dense. Partout, les habitants saluent le passant étranger avec une curiosité souriante, car les voyageurs restent moins nombreux ici qu'à Bali ou Jakarta.
Retour vers le détroit
Sur le chemin du retour, le pont routier qui enjambe le détroit vers l'île de Madura étire sa silhouette au-dessus des eaux affairées. Depuis le pont supérieur du navire, la métropole s'étale dans la lumière du soir, hérissée de minarets et de tours. On repart avec des images fortes : un obélisque dressé vers le ciel, des mains expertes roulant le girofle, un sous-marin échoué au milieu des avenues. La nuit tombe vite sous ces latitudes. Java vient d'entrouvrir sa porte, et elle a bien d'autres histoires à raconter.