À Miyajima, c'est la marée qui décide du spectacle. Deux fois par jour, le grand torii vermillon semble flotter sur la mer intérieure de Seto; deux fois par jour, l'eau se retire et laisse les visiteurs marcher jusqu'à son pied dans le sable humide. Les passagers en escale à Hiroshima rejoignent l'îlot en traversier depuis Miyajimaguchi — une dizaine de minutes de traversée —, tandis que quelques navires de petite taille mouillent directement au large.
Le sanctuaire sur pilotis
Itsukushima, qui donne son nom officiel au lieu, est un sanctuaire shinto bâti sur pilotis au-dessus des flots, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1996. Ses galeries laquées de rouge se parcourent lentement : scène de nô tournée vers la mer, lanternes de bronze, perspectives soigneusement cadrées sur le torii. À marée haute, l'ensemble paraît posé sur l'eau; à marée basse, il révèle sa forêt de piliers noircis par les siècles, et la foule descend alors sur l'estran pour toucher les pieds de la grande porte, déposer une pièce dans les fentes du bois et photographier les coquillages accrochés à sa base. Le même lieu offre ainsi deux visites en une, selon l'heure inscrite sur les horaires affichés au débarcadère.
Cerfs, ruelles et huîtres grillées
Dès la sortie du débarcadère, les cerfs sika accueillent les arrivants avec un aplomb tranquille : ils circulent en liberté et lorgnent volontiers les sacs de papier. La rue commerçante Omotesando aligne ses boutiques de momiji manju, petits gâteaux en forme de feuille d'érable, et ses comptoirs d'huîtres grillées, spécialité de la baie d'Hiroshima que l'on déguste debout, brûlantes, entre deux étals. Les ateliers y perpétuent aussi la shakushi, cette spatule à riz de bois dont l'îlot s'est fait une spécialité depuis deux siècles — un souvenir modeste, utile et typiquement local.
La pagode et le pavillon inachevé
Sur la butte qui domine le sanctuaire, une pagode à cinq étages voisine avec le Senjokaku, « pavillon aux mille tatamis », commandé par Toyotomi Hideyoshi à la fin du seizième siècle et jamais achevé. Sa vaste charpente ouverte aux vents offre l'une des plus belles pauses de l'îlot : plancher de bois patiné, fraîcheur, vue plongeante sur les toits gris du village.
Momijidani et le mont Misen
Derrière les dernières maisons, le parc Momijidani suit un torrent sous les érables — flamboyant en novembre, d'un vert profond l'été. De là, un téléphérique grimpe vers le mont Misen, point culminant à 535 mètres; la fin de l'ascension se fait à pied, et la récompense s'étend d'un horizon à l'autre : la mer intérieure piquée d'îles, les cargos minuscules, Hiroshima dans la brume. Prévoir environ deux heures pour l'aller-retour, davantage si l'on s'attarde — et l'on s'attarde presque toujours. Au pied de la montagne, le temple Daisho-in mérite les minutes restantes, avec ses centaines de statuettes coiffées de bonnets tricotés.
Composer son escale
- Consulter l'horaire des marées dès l'arrivée : il détermine le visage que prendra le torii.
- Compter une demi-journée pour le sanctuaire, la rue Omotesando et le pavillon Senjokaku.
- Ajouter le mont Misen seulement si l'escale laisse au moins cinq heures sur place.
- Garder ses aliments hors de portée des cerfs, aussi charmeurs qu'opportunistes.
Avant de reprendre le traversier, beaucoup se retournent une dernière fois : la lumière a changé, la mer aussi, et la grande porte rouge n'est déjà plus tout à fait celle du matin. C'est peut-être la leçon de Miyajima — rien n'y est figé, et chacun repart avec sa propre version de l'un des paysages les plus vénérés du Japon.