L'été, il arrive que Kushiro apparaisse par fragments : un bout de grue portuaire, une passerelle, des toits qui flottent dans la brume de mer. Ce brouillard, les habitants de l'est de Hokkaido le connaissent bien; il fait partie du caractère de leur ville, tout comme les couchers de soleil qui embrasent le port aux saisons claires et que les gens d'ici classent, sans fausse modestie, parmi les plus beaux du monde. Kushiro est une ville de pêche et de brume, et la porte du plus grand marais du Japon.
S'orienter depuis le quai
Les navires accostent dans le secteur ouest du port, une zone industrielle éloignée d'environ quatre à cinq kilomètres du centre. La municipalité met généralement des navettes à la disposition des passagers, avec deux arrêts bien choisis : le complexe Fisherman's Wharf MOO, au bord de la rivière, et la gare JR, à deux pas du marché. Quelques repères pour organiser la journée :
| Lieu | Situation | Intérêt principal |
| Marché Washo | Face à la gare JR | Bol de riz garni sur place |
| Pont Nusamai et MOO | Centre, bord de rivière | Promenade, couchers de soleil |
| Marais Shitsugen | À environ 20 km | Belvédères, oiseaux emblèmes |
Le rituel du kattedon
Depuis 1954, le marché Washo nourrit la ville, et il a inventé pour les visiteurs un rituel réjouissant : le kattedon, littéralement le « bol comme vous voulez ». On achète d'abord un bol de riz, puis on circule d'étal en étal pour le garnir à sa guise — saumon, oursin, crabe, œufs de poisson, pétoncles de la pêche du matin. Chacun compose ainsi son assortiment selon son appétit et sa curiosité, sous les encouragements des marchandes. C'est simple, convivial et délicieux; difficile de trouver meilleure entrée en matière.
Le pont des quatre saisons
En redescendant vers la rivière, le pont Nusamai porte quatre statues de bronze figurant les saisons, œuvres de sculpteurs japonais réputés. Le quartier alentour concentre restaurants, boutiques du complexe MOO et promenades de quai où les pêcheurs côtoient les promeneurs. En fin de journée, si le ciel coopère, installez-vous face à l'ouest : le soleil descend droit dans l'axe du port, incendiant l'eau et les silhouettes des bateaux — le spectacle dont les habitants tirent tant de fierté.
Le marais aux grues
Au nord de l'agglomération s'étend le parc national de Kushiro Shitsugen, la plus vaste zone humide du pays avec près de 270 kilomètres carrés de roselières, de rivières en méandres et de forêts. C'est le royaume de la grue du Japon, le tancho, oiseau au plumage blanc et noir coiffé de rouge, symbole de longévité, que l'on croyait disparu du pays avant qu'une poignée d'individus ne soit redécouverte dans ces marais. L'espèce y vit désormais à longueur d'année. Des belvédères aménagés en bordure du parc — accessibles en une trentaine de minutes de route — dominent l'immensité verte, et un petit train touristique en longe la bordure à la belle saison. Les excursions des compagnies combinent souvent belvédère et centre d'observation des grues : c'est l'option la plus sûre pour apercevoir l'oiseau emblème.
L'hiver, l'autre visage
Si votre itinéraire touche Kushiro à la saison froide, la région se transforme : air cristallin, neige sur les roselières et grues dansant par couples sur les sites de nourrissage. Les photographes du monde entier font alors le voyage pour ce ballet; les passagers d'hiver profitent du même privilège à moindre effort.
Retour dans la brume
Au moment de larguer les amarres, la ville s'estompe souvent comme elle est apparue, par degrés, dans son voile marin. On garde de l'escale un bol de riz couvert de trésors, un pont qui regarde le soleil tomber et le cri clair des grues au-dessus des roseaux — trois images d'un Japon du bout du monde, sobre et attachant, qui ne ressemble à aucun autre.