La mer intérieure de Seto ressemble à un lac semé d'îles : des collines boisées émergent d'une eau calme, des ferries tracent leurs lignes blanches, et la lumière du matin adoucit tout. C'est dans ce décor que le navire s'approche de Matsuyama, la plus grande ville de l'île de Shikoku, dont le château se devine très tôt, posé sur sa colline au milieu exact de la cité. Peu de destinations japonaises réunissent en une seule journée un donjon d'origine, l'un des plus anciens bains thermaux du pays et des tramways qui semblent sortis d'un roman.
Du terminal à la ville
Les navires accostent au port touristique, au nord-ouest de l'agglomération, près du quartier de Takahama. La gare de Takahama, tête de la ligne de train Iyotetsu, se trouve à une dizaine de minutes à pied du terminal; de là, le cœur urbain se rejoint en une vingtaine de minutes. Des navettes et des taxis complètent l'offre selon les escales. Pour s'orienter, trois repères suffisent :
| Trajet | Moyen | Durée approximative |
| Terminal vers centre-ville | Train Iyotetsu depuis Takahama | 20 minutes |
| Terminal vers Dogo Onsen | Autocar direct ou taxi | 25 à 45 minutes |
| Centre-ville vers le château | Téléphérique ou télésiège depuis le pied de la colline | Une montée courte |
Un donjon d'origine
Le château de Matsuyama couronne le mont Katsuyama, à 132 mètres au-dessus des toits. Son donjon compte parmi les douze du Japon parvenus jusqu'à nous sans reconstruction moderne, et cela change tout : les escaliers raides, les poutres sombres, les meurtrières donnent la mesure exacte de ce qu'était une forteresse féodale. Un téléphérique et un télésiège grimpent depuis 1955 le long du versant; les plus vaillants préféreront les sentiers. Là-haut, entre les murailles, la récompense tient dans le panorama : les toits en damier, puis la mer intérieure et ses îles jusqu'à la brume.
Dogo Onsen, le bain des siècles
Plus à l'est, le quartier de Dogo s'organise autour d'une source thermale que la légende dit vieille de trois millénaires et qui compte parmi les plus anciennes du Japon. Son bâtiment principal, le Honkan, édifié en bois en 1894, superpose toits, lanternes et galeries comme un palais de bains. On peut simplement l'admirer depuis la place, flâner dans l'arcade commerçante voisine entre boutiques de serviettes et de confiseries, ou vivre l'expérience complète : se déchausser, enfiler un yukata et entrer dans l'eau chaude comme des générations de baigneurs avant soi.
Le pays du haïku
La cité occupe une place particulière dans les lettres japonaises. Masaoka Shiki, qui renouvela l'art du haïku à la fin du XIXe siècle, y est né, et chaque quartier honore cette mémoire : pierres gravées, musée qui lui est consacré, boîtes où chacun peut déposer ses propres vers. C'est aussi le décor du roman Botchan de Natsume Soseki, que les Japonais lisent à l'école; un petit train à l'ancienne, réplique de celui de l'époque, en porte encore le nom et circule entre le centre et Dogo. Prendre le tramway ici, c'est voyager dans une page de littérature.
Entre deux rames
Tout se parcourt aisément à pied : galeries marchandes couvertes autour de la gare de Matsuyama-shi, jardin Ninomaru au pied du château, cafés où l'on sert l'udon local et les mandarines d'Ehime sous toutes leurs formes, du jus au sorbet. La préfecture est le verger d'agrumes du Japon et ne laisse personne l'ignorer, gentiment.
Repartir apaisé
Cette escale laisse une impression de douceur difficile à expliquer : peut-être la lenteur assumée des tramways, peut-être la vapeur qui monte des bains, peut-être la mer intérieure qui n'a jamais l'air pressée. En redescendant vers le quai, beaucoup de passagers se surprennent à composer mentalement leurs dix-sept syllabes. Matsuyama fait cet effet-là, et il dure bien au-delà du départ.