Des palmiers en rangées le long des avenues, un air doux venu du courant Kuroshio, des surfeurs à l'horizon : on se croirait presque sous les tropiques, et pourtant c'est bien le Japon. Miyazaki, sur la côte sud-est de Kyushu, cultive depuis les années 1960 une réputation de station ensoleillée. Son port accueille les navires de taille modeste — les plus grands accostent à Aburatsu, plus au sud — et une navette d'une dizaine de minutes suffit pour rejoindre le centre.
Un front de mer pensé pour la détente
Le quai lui-même donne le ton : le parc riverain voisin réunit une marina et une plage aménagée, et l'imposant complexe hôtelier Seagaia se dresse en toile de fond parmi les pins. Les environs immédiats du navire se prêtent à une première promenade sans programme : voiliers au mouillage, familles en pique-nique, joggeurs sur les sentiers. Ce littoral décontracté résume assez bien l'art de vivre local, tourné vers l'océan et le plein air. Les surfeurs, eux, tiennent cette côte pour l'une des meilleures du Japon; leurs silhouettes patientes, assises sur les planches derrière la barre, accompagnent toute la journée d'escale.
Aoshima et la planche à laver du diable
Au sud de la ville, un îlot coiffé de végétation subtropicale se rattache au rivage par un pont piéton : Aoshima. Tout autour, à marée basse, la mer découvre un phénomène géologique surprenant, des rangées de basalte parfaitement alignées que les Japonais surnomment la « planche à laver du diable ». Au cœur de l'îlot, un sanctuaire attire les couples : on y prie pour la réussite du mariage et les liens durables. Faire le tour d'Aoshima à pied, entre plage, torii et strates rocheuses, demeure l'excursion classique de l'escale, et pour cause : nulle part ailleurs au Japon le rivage ne dessine pareilles ondulations. Prévoir de consulter l'horaire des marées avant de partir; à marée haute, la fameuse planche disparaît sous l'eau et ne laisse deviner que quelques crêtes sombres.
Aux sources des légendes japonaises
La région occupe une place à part dans l'imaginaire national : la mythologie y situe plusieurs épisodes fondateurs, dont ceux entourant Jimmu, premier empereur légendaire du pays. En ville, le sanctuaire Miyazaki-jingu lui est dédié; ses pavillons de bois sombre se cachent dans un bois ancien où la lumière tombe en rais entre les troncs et où le gravier crisse sous les pas. L'endroit se prête à une visite paisible, loin des foules : on y croise surtout des habitants venus prier, saluer d'un double battement de mains, repartir sans bruit. Pour qui s'intéresse aux racines shintoïstes du pays, c'est une porte d'entrée discrète et éloquente.
Saveurs du Sud
La préfecture se flatte de ses mangues, de son bœuf réputé et de son poulet nanban, une spécialité frite nappée de sauce tartare que l'on trouve dans la plupart des restaurants du centre. Les étals des marchés ajoutent une touche colorée à la promenade urbaine : agrumes locaux, patates douces violettes, alcool de patate douce que les producteurs font goûter volontiers. Les mangues d'ici, vendues aux enchères à prix d'or au printemps, font la fierté de toute la préfecture. Une assiette entre deux visites, et voilà l'escale complète : mer, mythes et table.
En reprenant la mer, on emporte une image inattendue du Japon : ni gratte-ciel ni temple doré, mais un rivage strié de basalte, des palmiers dans le vent et un sanctuaire silencieux sous les grands arbres. Miyazaki ne figure pas encore sur toutes les listes; ceux qui s'y arrêtent comprennent vite que c'est une chance.