Deux forces tirent cette escale japonaise dans des directions opposées : une danse vieille de quatre siècles et des tourbillons marins parmi les plus puissants du monde. Tokushima, chef-lieu de la préfecture du même nom sur l'île de Shikoku, reçoit les navires au port de Komatsushima, à une dizaine de kilomètres du centre. Navettes des compagnies et taxis couvrent le trajet en une vingtaine de minutes, et la journée s'organise ensuite autour d'un choix agréable à faire : la culture en ville, la mer en furie au nord, ou un peu des deux.
La danse d'Awa
Chaque mois d'août, plus d'un million de personnes convergent vers Tokushima pour l'Awa Odori, le plus grand des festivals de danse de l'Obon japonais. Le reste de l'année, l'Awa Odori Kaikan permet de vivre l'événement en modèle réduit : des troupes s'y produisent régulièrement sur scène, expliquent les gestes, invitent les spectateurs à esquisser quelques pas, et un musée retrace l'histoire de cette fièvre dansante née à l'époque des seigneurs féodaux. Les représentations durent moins d'une heure, un format qui s'insère aisément dans l'horaire d'une journée à quai. Les mouvements semblent simples, deux temps, bras levés, et pourtant chaque école y met sa signature. Difficile de ressortir sans fredonner le rythme des shamisens.
Le mont Bizan, balcon de la cité
Du cinquième étage du même bâtiment part un téléphérique qui grimpe au sommet du mont Bizan, la colline emblème de Tokushima. En quelques minutes, la cabine dépose les passagers sur un belvédère qui embrasse les toits, le delta de la rivière Yoshino et, par temps clair, la mer intérieure jusqu'aux reliefs lointains. Un chemin de promenade fait le tour du sommet entre les pins, et la descente peut se faire à pied pour qui aime marcher. C'est l'endroit idéal pour comprendre la géographie de l'escale avant de poursuivre.
Les tourbillons de Naruto
Au nord de la préfecture, le détroit de Naruto sépare Shikoku de l'île d'Awaji. Deux fois par jour, la marée y force des masses d'eau considérables à franchir un passage étroit, créant des tourbillons qui se forment, tournoient et se défont sous les yeux des visiteurs. Des bateaux d'observation s'approchent au plus près du phénomène, tandis que la passerelle Uzu-no-michi, aménagée sous le tablier du grand pont d'Onaruto, permet de les regarder à travers des planchers vitrés suspendus à 45 mètres au-dessus des flots. L'intensité varie selon les marées : les excursions se calent sur les heures fortes, renseignées à l'avance. Un lainage rend service, car le vent souffle volontiers sur le détroit, même en plein été.
Entre deux rendez-vous
Entre deux navettes, le cœur de la cité se prête à une flânerie sans programme : berges aménagées le long des cours d'eau qui quadrillent la ville, arcades commerçantes, petits restaurants où goûter les ramens locaux au bouillon sombre, garnis de fines tranches de porc mijoté. Les amateurs de jardins trouvent aussi, au pied du mont Bizan, quelques temples paisibles et des allées ombragées qui reposent des foules.
Repères pour l'escale
| Élément | À savoir |
| Accostage | Port de Komatsushima, environ 10 km du centre |
| Awa Odori Kaikan | Spectacles réguliers et musée de la danse |
| Mont Bizan | Téléphérique au départ du Kaikan |
| Tourbillons de Naruto | Bateaux d'observation ou passerelle vitrée, selon les marées |
En fin de journée, les images se répondent étrangement : les danseurs qui tournent sur scène, les eaux qui tournent dans le détroit. Tokushima cultive ce double mouvement depuis toujours, entre fête humaine et spectacle naturel. On remonte à bord avec le sentiment d'avoir vu deux merveilles pour le prix d'une seule escale, et l'envie tenace d'assister un jour au vrai festival d'août.