Par temps clair, une muraille de sommets de 3 000 m se dresse droit derrière la baie : la chaîne de Tateyama, encore enneigée une bonne partie de l'année, semble surgir directement de la mer du Japon. Ce face-à-face entre les Alpes japonaises et l'eau profonde donne son caractère à Toyama, capitale préfectorale tournée vers une baie si poissonneuse que les Japonais la surnomment le « garde-manger naturel » du pays. L'escale mêle art contemporain, canaux paisibles et vieux quartier de négociants.
Du quai vers le centre
Les navires utilisent le complexe portuaire de Fushiki-Toyama, dont les postes d'amarrage se répartissent autour de la rade. Selon l'emplacement, le centre-ville se trouve à 15 ou 25 km, soit une trentaine de minutes de route; les compagnies mettent en place des navettes, et les taxis complètent l'offre. Ceux qui accostent au bassin de Toyama Shinko aperçoivent dès la passerelle les mâts blancs du Kaiwo Maru, un grand voilier-école préservé dans un parc au bord de l'eau, premier clin d'œil à la tradition maritime locale.
Un palais de verre signé Kengo Kuma
En ville, la surprise vient d'un bâtiment aux façades de granit, de verre et d'aluminium : le Kirari, dessiné par l'architecte Kengo Kuma. À l'intérieur, des lames de bois de la région montent en spirale vers la verrière, enveloppant le musée d'art du verre de Toyama. Les collections rassemblent des pièces contemporaines venues du monde entier, dont des installations spectaculaires de l'Américain Dale Chihuly. La visite se combine facilement avec le parc du château voisin, où un donjon reconstruit et un jardin japonais rappellent le passé féodal de la cité.
Le canal Fugan et son écluse
À quelques minutes de tramway, le parc Kansui borde le bassin où commence le canal Fugan. Familles en pique-nique, joggeurs, pelouses en pente douce vers l'eau : l'endroit résume l'art de vivre local. Selon la saison, de petits bateaux descendent jusqu'à la mer en franchissant l'écluse de Nakajima, une expérience rare au Japon : le bassin se vide ou se remplit lentement autour de l'embarcation, comme sur les canaux européens. La descente aboutit à Iwase, l'ancien avant-port de la ville.
Iwase, mémoire des kitamaebune
Au dix-neuvième siècle, les kitamaebune, ces bateaux marchands qui cabotaient le long de la mer du Japon, firent la fortune d'Iwase. La rue principale aligne toujours les demeures des armateurs : façades de bois sombre, treillis fins, entrepôts de pierre. Certaines maisons se laissent parcourir, d'autres abritent des ateliers d'artisans, des brasseries de saké ou de petits cafés. Le quartier se rejoint aussi directement du centre par le tramway portuaire, pratique pour rentrer vers la navette en fin de journée.
Le garde-manger de la baie
Impossible de repartir sans y goûter. La crevette blanche, translucide et sucrée, se déguste crue sur un lit de riz ou frite en beignets. Au printemps, le calmar luciole illumine les tables. Et le masuzushi, sushi de truite pressé dans une boîte ronde tapissée de feuilles de bambou, se transporte à merveille : beaucoup de passagers en glissent un dans leur sac avant de remonter à bord. Les amateurs de montagne trouveront par ailleurs des excursions organisées vers les gorges de Kurobe ou la route alpine de Tateyama, à condition d'y consacrer la journée entière.
Repères pour l'escale
| Site | Distance du quai | Accès |
| Musée d'art du verre (Kirari) | 15 à 25 km | Navette ou taxi jusqu'au centre |
| Parc Kansui et canal Fugan | Environ 25 km | Navette puis tramway ou taxi |
| Quartier d'Iwase | Environ 20 km | Bateau du canal ou tramway portuaire |
Au retour, beaucoup de regards se tournent une dernière fois vers l'est, dans l'espoir d'un ciel dégagé sur les crêtes de Tateyama. Quand la chaîne daigne se montrer au-dessus de la baie, l'image reste gravée : une ville discrète, posée entre des montagnes de 3 000 m et l'une des mers les plus généreuses du Japon. Voilà le souvenir que l'on emporte en larguant les amarres.