« Ici, il pleut trente-cinq jours par mois », plaisantent les insulaires. Cette pluie généreuse a fait de Yakushima une serre naturelle unique au monde : une île ronde et montagneuse au sud de Kyushu, couverte de forêts où certains cèdres ont germé avant les pyramides. En 1993, elle est devenue le premier site naturel du Japon inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Les croisiéristes y débarquent pour une seule chose, et ils ont raison : la rencontre avec des arbres qui comptent leur âge en millénaires.
Arriver à Miyanoura
Les escales se font à Miyanoura, le bourg principal, ou parfois à Anbo, sur la côte est. Selon le navire et l'état de la mer, l'accostage se fait à quai ou au mouillage, avec transbordeur jusqu'au petit port. Dès la baie, le décor impose le respect : des sommets de près de 2 000 m, souvent coiffés de nuages, tombent presque directement dans l'océan. Les distances routières restent modestes, mais les routes de montagne allongent les trajets; mieux vaut choisir une seule vallée et s'y consacrer pleinement.
Shiratani Unsuikyo, la forêt moussue
À 12 km du quai, soit une trentaine de minutes de route en lacets, le ravin de Shiratani Unsuikyo offre l'immersion la plus accessible dans la forêt ancienne. Des sentiers de différentes longueurs serpentent entre des rochers tapissés de mousses épaisses, des ruisseaux limpides et des cèdres centenaires aux racines noueuses. L'endroit a inspiré les paysages du film « Princesse Mononoké », et l'on comprend vite pourquoi : la lumière verte, le silence spongieux, la brume qui s'accroche aux branches composent un monde à part. Une heure de marche suffit pour en ressentir la magie; les bons marcheurs pousseront plus loin.
Yakusugi Land et les anciens
Autre option, plus haute en altitude : Yakusugi Land, à 70 minutes de route, déploie ses passerelles de bois dans une forêt perchée au-dessus de 1 000 m. Les boucles balisées, de trente minutes à quelques heures, mènent à des cèdres vénérables comme le Sennensugi, « l'arbre aux mille ans ». Sur la route, le Kigensugi, âgé d'environ 3 000 ans, se contemple directement depuis le bord du chemin, tronc massif hérissé de plantes épiphytes. Quant au fameux Jomon Sugi, doyen présumé de l'île, il exige une randonnée d'une dizaine d'heures : les passagers d'un jour ne le verront pas, et il faut le savoir avant de descendre à terre.
Cascades, singes et tortues
La pluie qui nourrit ces géants dévale aussi en cascades. Senpiro, au sud, glisse sur un immense monolithe de granit; Oko-no-taki, la plus haute de l'île avec ses 88 m, figure parmi les chutes les plus admirées du pays, au prix d'un trajet plus long vers la côte ouest. En chemin, macaques et cerfs de Yaku, plus petits que leurs cousins du continent, traversent la route sans se presser. Les plages du nord accueillent à la belle saison la ponte des tortues marines, et le petit musée du yakusugi, près d'Anbo, explique comment l'île a appris à protéger ses géants après des siècles d'exploitation.
Le goût du poisson volant
De retour au niveau de la mer, les restaurants du port servent la spécialité locale : le poisson volant, frit entier ailes déployées ou façonné en beignets tsukeage. Les étals proposent aussi le tankan, agrume doux cultivé sur les basses pentes, et mille objets tournés dans le bois parfumé des cèdres tombés naturellement.
Repères pour l'escale
| Site | Distance du quai | Accès |
| Shiratani Unsuikyo | Environ 12 km | Excursion, taxi ou bus, 30 min |
| Yakusugi Land | Environ 35 km | Excursion ou taxi, 70 min |
| Chute de Senpiro | Environ 35 km | Excursion ou taxi, 45 min |
Beaucoup de passagers remontent à bord trempés, les chaussures lourdes de terre rouge, et pourtant rayonnants. Quelques heures dans ces forêts suffisent à déplacer quelque chose : on a touché l'écorce d'êtres vivants plus vieux que la plupart des civilisations. Quand l'île disparaît dans son écharpe de nuages, chacun sait qu'il vient de croiser l'un des lieux les plus anciens et les plus vivants du Japon.