Peu de villes racontent la Corée moderne aussi directement qu'Incheon. C'est ici que le pays s'est ouvert au commerce international en 1883, ici que le général MacArthur a débarqué en 1950 pour renverser le cours de la guerre, et c'est encore ici que la Corée dessine son avenir, sur les terre-pleins de Songdo hérissés de tours de verre. L'escale offre donc un vrai choix, plus intéressant qu'il n'y paraît : filer vers Séoul, ou consacrer la journée à cette porte d'entrée que trop de voyageurs traversent sans la regarder.
Chinatown et le quartier du port ouvert
Le seul Chinatown officiel de Corée grimpe à flanc de colline, né avec l'ouverture du port au XIXe siècle. Lanternes rouges, lions de pierre, escaliers raides et fumets de cuisine : le quartier revendique la paternité du jajangmyeon, ces nouilles à la pâte de haricots noirs devenues un plat national, servies ici dans des salles combles dès midi. À deux pas, les fresques du village des contes de fées de Songwol-dong égaient tout un secteur de maisons basses, et les anciens comptoirs et banques de l'époque du port ouvert, reconvertis en musées, racontent la rencontre parfois rude entre la Corée et le monde. Au sommet de la colline, le parc Jayu offre une pause ombragée et une vue sur la rade, sous la statue du général MacArthur qui rappelle le débarquement de 1950.
Wolmido, la promenade populaire
Reliée à la ville, l'ancienne île de Wolmido est devenue le rendez-vous des familles : une longue esplanade face à la mer Jaune, des cafés, des stands de fruits de mer grillés, quelques manèges rétro dont un bateau pirate qui fait crier les adolescents. Les mouettes suivent les traversiers, les couples se photographient au coucher du soleil. C'est le quotidien coréen, sans monument majeur ni file d'attente, et il se laisse regarder avec plaisir un après-midi de semaine, un cornet de crevettes frites à la main.
Songdo, la ville d'après
Au sud de la rade, Songdo pousse sur des terres gagnées sur la mer. Son Central Park, traversé par un canal d'eau de mer où glissent kayaks et barques, offre une promenade étonnante entre gratte-ciel, passerelles et jardins soignés. Le contraste avec Chinatown tient en une seule journée : un siècle et demi d'histoire coréenne entre deux quartiers de la même ville. Les amateurs d'architecture contemporaine y trouvent leur compte, tout comme les marcheurs, les familles et les photographes de gratte-ciel.
Ou Séoul, à une heure de route
La capitale reste l'aimant de l'escale. Palais de Gyeongbokgung et sa relève de la garde, ruelles hanok de Bukchon, marchés de Myeongdong : une journée bien organisée permet d'en prendre la mesure, à condition de partir tôt et de garder une marge confortable pour le retour, car le trafic de la région métropolitaine ne pardonne pas. Les excursions du bord simplifient la logistique; les plus autonomes combineront navette, métro et taxi, en gardant en tête que la région compte parmi les plus peuplées de la planète et que les distances s'y étirent.
Repères de distances
| Destination | Ordre de grandeur |
| Parc central de Songdo | Le secteur le plus proche du terminal de croisière |
| Chinatown et Wolmido | De l'autre côté de la zone portuaire, un trajet en taxi ou en navette |
| Séoul (centre) | Environ 40 km; compter une bonne heure, davantage aux heures de pointe |
Ceux qui auront choisi Séoul remonteront à bord avec des images de palais; les autres, avec le goût des nouilles noires et la silhouette des tours neuves dans le soir. Les deux versions se défendent, et c'est peut-être le meilleur compliment qu'on puisse faire à Incheon : la porte est devenue une destination.