Des portiques hauts comme des immeubles défilent d'abord derrière la rambarde : Ulsan abrite le plus grand chantier naval du monde, et l'arrivée se fait au milieu des coques en construction, des torchères et des méthaniers. Le décor annonce la capitale industrielle de la Corée, fief du groupe Hyundai ; il cache aussi la vraie raison de l'escale, à une heure de route de là : Gyeongju, l'ancienne capitale du royaume de Silla, que les Coréens surnomment le « musée sans murs ». Les postes d'amarrage se trouvant en zone portuaire, navettes et autocars font le lien avec le centre et les excursions.

La route de Gyeongju

Pendant près d'un millénaire, Silla a gouverné la péninsule depuis cette vallée, et Gyeongju en conserve une densité de vestiges sans équivalent au pays. La plupart des passagers lui consacrent leur journée, et le trajet lui-même, entre collines de pins et rizières, prépare en douceur au changement d'époque.

Bulguksa et la grotte de Seokguram

Sur les pentes boisées au sud-est de la ville, le temple Bulguksa élève ses pavillons sur de grandes terrasses de pierre du 8e siècle, classées par l'UNESCO au patrimoine mondial ; deux pagodes anciennes, l'une sobre, l'autre finement ouvragée, se font face dans la cour principale, au milieu des lanternes et des érables. Plus haut sur la montagne, la grotte de Seokguram abrite un bouddha de granit qui contemple la mer de l'Est depuis douze siècles ; on l'approche par un court sentier en forêt, et le visage serein du colosse récompense largement la montée.

Des tombeaux au milieu des rues

Le centre-ville surprend davantage encore : d'énormes tertres gazonnés, tombes des rois de Silla, se dressent entre les rues comme des collines apprivoisées. Le parc de Daereungwon permet de circuler entre ces dômes verts et d'entrer dans l'un d'eux, aménagé pour montrer la chambre funéraire et ses parures d'or. À quelques minutes à pied, la tour de pierre de Cheomseongdae, observatoire du 7e siècle, se range parmi les doyens du genre en Asie de l'Est ; l'étang de Wolji et ses pavillons reconstitués complètent agréablement la promenade. Entre deux sites, les salons de thé et les restaurants de riz en feuilles de légumes permettent de reprendre des forces à la mode locale, et les boulangeries vendent de petits pains fourrés aux haricots rouges dont les habitants ont fait leur gourmandise fétiche. Une journée passe vite dans ce décor où chaque pelouse cache un roi.

Rester du côté d'Ulsan

Ceux qui préfèrent éviter la route trouveront de quoi remplir leurs heures. Le parc de Daewangam aligne pins tordus et rochers rougeâtres reliés par une passerelle au-dessus des vagues ; la légende locale y fait veiller l'esprit d'une reine de Silla changée en dragon protecteur. En ville, la rivière Taehwa longe une immense forêt de bambous où la lumière tombe en rayures, et le quartier de Jangsaengpo, ancien port baleinier, raconte cette époque révolue dans l'unique musée de la baleine de Corée.

Repères pour l'escale

SiteDistance du quaiAccès
Gyeongju (Bulguksa, tombeaux royaux)Environ une heure de routeExcursion organisée ou taxi à la journée
Parc de DaewangamEn bordure est de la villeTaxi
Forêt de bambous de la TaehwaCentre d'UlsanTaxi

Au retour, les cheminées du complexe pétrochimique rougeoient dans le soir, à mille lieues des dômes silencieux de Daereungwon. Peu d'escales offrent un tel écart entre le lieu où l'on accoste et ce que l'on en rapporte : une Corée à deux visages, celle qui assemble des géants d'acier et celle qui polit son granit depuis douze siècles, et l'on remonte à bord avec le sentiment rare d'avoir vu, en une seule journée, les deux à leur meilleur.