La première habitante de Ventspils que croisent les passagers est une vache. Haute de quatre mètres, juchée sur son navire de métal au bout de la jetée sud, la « vache marin » salue les arrivées depuis la mer Baltique. Elle n'est pas seule : près d'une trentaine de congénères sculptées, héritage coloré de défilés artistiques, se cachent dans les parcs et sur les places de cette ville portuaire de Lettonie. Le décor est planté : Ventspils prend son patrimoine au sérieux, mais jamais elle-même.
Le château de l'Ordre livonien
L'histoire commence pourtant sur un ton plus grave. Au treizième siècle, les chevaliers de l'Ordre livonien ont élevé une forteresse à l'embouchure de la rivière Venta, pour contrôler ce débouché sur la Baltique. Leur château, considéré comme l'un des plus anciens conservés du pays, a servi tour à tour de garnison, de prison et de caserne avant de devenir un musée. Ses salles voûtées retracent huit siècles de fortunes diverses, des marchands hanséatiques à l'occupation soviétique, quand le port comptait parmi les plus actifs de l'URSS. Le contraste entre les murs médiévaux et les récits du vingtième siècle donne à la visite une densité inattendue.
Flâner dans la vieille ville
Autour de la place du marché, les rues anciennes ont retrouvé leurs couleurs : entrepôts du dix-septième siècle, maisons de bois soigneusement repeintes et l'une des plus vieilles demeures de Lettonie, datée de 1646. Les habitants entretiennent leurs rues avec un soin visible ; Ventspils collectionne d'ailleurs les prix de propreté et de fleurissement, une fierté locale que les guides ne manquent jamais de souligner. Au fil de la promenade, on remarque le soin apporté aux détails : lampadaires anciens, bancs peints, massifs impeccables. Les cafés de la rue piétonne servent des pâtisseries lettones et un café serré, parfaits pour une pause entre deux découvertes.
Front de mer, phare et locomotive
En route vers la mer, la promenade longe le port où se croisent vraquiers et voiliers. Au bout, la plage principale déploie son sable fin, récompensé du Pavillon bleu, adossé à des dunes plantées de pins. L'horloge florale, composée de milliers de fleurs replantées chaque saison, marque l'entrée de ce quartier balnéaire. Tout près, un chemin de fer à voie étroite promène les visiteurs à travers le parc côtier à bord de wagons tirés par une locomotive centenaire, clin d'œil au passé ferroviaire de la région. Le musée de la côte, en plein air, complète l'ensemble avec ses fermes de pêcheurs, ses barques anciennes et ses ancres monumentales.
Une escale qui plaît aux familles
Peu de villes baltes se prêtent aussi bien à une visite multigénérationnelle. Les enfants chassent les sculptures de vaches comme dans un jeu de piste, courent dans les parcs équipés de jeux d'eau et applaudissent la petite locomotive ; les adultes savourent l'architecture, l'histoire et le calme d'une ville qui vit à hauteur d'humain. Le tout se parcourt à pied ou en quelques minutes de navette, les distances demeurant modestes entre le terminal, le château et la plage.
Au revoir, mesdames les vaches
En reprenant la mer, le navire repasse devant la sentinelle cornue de la jetée, et les passagers la photographient une dernière fois en souriant. C'est peut-être la meilleure image à rapporter de Ventspils : une ville qui a traversé les chevaliers teutoniques, les tsars et les commissaires soviétiques, et qui a choisi de raconter tout cela avec des fleurs, des trains miniatures et un troupeau de sculptures joyeuses. La Baltique réserve décidément de belles surprises à qui accepte de sortir des sentiers battus.