L'ylang-ylang embaume Nosy Be jusqu'en mer, et bien des passagers le remarquent depuis le pont avant même d'avoir aperçu la côte. Les Malgaches surnomment leur île « l'île aux parfums », et ce n'est pas une image : plantations d'ylang-ylang, de vanille, de café et de cacao couvrent les collines qui entourent Hell-Ville, où les canots des navires déposent leurs passagers. Une escale ici engage tous les sens à la fois, et il faut choisir sa journée avec soin, car l'île en propose plusieurs très différentes, entre nature, plages et flânerie de marché.
Hell-Ville, malgré son nom
Le nom intimidant vient d'un amiral français, de Hell, et la localité n'a rien d'infernal : avenues bordées de bâtiments coloniaux patinés, tuk-tuks jaunes, charrettes à zébus et un marché couvert où s'empilent épices, fruits, vanille et poissons séchés. On y change quelques dollars en ariary — les petites coupures rendent tout plus simple —, on y apprend ses premiers mots de malgache, et l'on prend la mesure d'un pays chaleureux et pauvre à la fois, où le sourire précède toujours la transaction et où le marchandage se pratique sans hâte. Une heure de flânerie suffit pour le centre — le vieux port aux boutres, les façades à balcons de la rue principale, les vendeuses de samoussas —, puis le reste de la journée appartient à la nature. Un conseil d'usage : convenez du prix des courses en tuk-tuk avant de monter, et gardez de la monnaie pour les artisans du marché.
Trois îlots pour trois envies
Les excursions les plus courues quittent le mouillage en bateau ou en pirogue :
- la réserve de Lokobe, dernier grand lambeau de forêt primaire de l'île, où l'on pagaie avant de marcher parmi les lémuriens noirs — mâles d'ébène, femelles rousses —, les caméléons et les boas enroulés sur leurs branches;
- Nosy Komba, l'« île aux lémuriens », dont le village d'Ampangorina accueille les visiteurs entre étals de nappes brodées et clairière où les macacos bondissent d'épaule en épaule;
- Nosy Tanikely, réserve marine minuscule dont les eaux claires abritent tortues, coraux et bancs de poissons multicolores, l'un des meilleurs sites de la région pour l'apnée.
Les débarquements se font souvent les pieds dans l'eau, sur des plages sans quai : sandales fermées, sac étanche et crème solaire rendront la journée nettement plus douce.
Les collines et leurs lacs
Ceux qui préfèrent rester sur la grande île grimperont vers le mont Passot, point culminant à un peu plus de 300 mètres, dont la route traverse plantations, rizières et hameaux avant d'atteindre un belvédère dominant une couronne de lacs de cratère aux eaux sombres, que la tradition locale entoure d'interdits et de légendes. Le trajet lui-même vaut le détour : on y croise porteurs de cannes à sucre, taxis-brousse bondés et enfants qui saluent chaque véhicule. En chemin, plusieurs distilleries ouvrent leurs portes : on y regarde les alambics transformer les fleurs jaunes d'ylang-ylang en essence recherchée par les grands parfumeurs, et l'on repart souvent avec un flacon au fond du sac, à côté des gousses de vanille du marché. Plus au nord, la plage d'Andilana déroule son arc de sable clair pour ceux dont l'unique projet est une chaise longue face au canal du Mozambique.
Le soir venu
Au retour vers le navire, les boutres croisent dans la lumière rasante, voiles triangulaires sur mer d'huile, pendant que les pêcheurs remontent leurs filets du jour. C'est l'image que gardent la plupart des passagers : une île qui vit lentement, parfumée et fière, aux portes d'un des pays les plus singuliers de la planète. Madagascar ne se laisse qu'entrevoir en une journée; Nosy Be en donne un avant-goût suffisant pour comprendre qu'il faudra revenir, avec des semaines devant soi cette fois.