Une capitale gouvernée pendant un siècle par une dynastie de rajahs anglais : voilà le point de départ de Kuching. En 1841, l'aventurier James Brooke reçut le Sarawak du sultanat de Brunei et fonda une lignée de « rajahs blancs » qui régna jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. La plus grande ville de Bornéo malaisien a gardé de cette histoire singulière un fort, un palais, des bazars — et un nom qui évoque le mot malais pour « chat », ce que la ville assume avec un sourire à coups de statues félines.
Rejoindre le centre depuis le terminal
Les navires de croisière accostent en aval, dans le secteur portuaire de la rivière Sarawak, à une bonne dizaine de kilomètres du centre. L'environnement immédiat étant industriel, prévoyez la navette de la compagnie ou un taxi pour gagner le cœur de la cité; comptez vingt à trente minutes de route. Une fois sur place, presque tout se parcourt à pied le long de l'eau.
Le front de rivière et les tambangs
L'esplanade du Waterfront épouse la rive sur près d'un kilomètre, entre pelouses, kiosques et vue sur les toits dorés du parlement de l'État. Pour passer d'un bord à l'autre, on embarque dans un tambang, ces barques-taxis en bois qui traversent la rivière depuis des générations pour quelques ringgits. La traversée ne dure que quelques minutes, mais elle offre le plus beau point de vue sur la ville et fait partie des petits rituels d'ici.
Sur les traces des rajahs blancs
Rive nord, le fort Margherita dresse depuis 1879 sa silhouette blanche crénelée au-dessus de la rivière; il abrite aujourd'hui une galerie consacrée à l'époque des Brooke. Non loin, l'Astana, ancien palais du deuxième rajah, sert de résidence officielle au gouverneur et s'admire depuis les jardins ou depuis l'eau. De retour rive sud, les rues du vieux Kuching — Main Bazaar, Carpenter Street — alignent des maisons-boutiques chinoises où se succèdent ateliers, cafés, temples parfumés d'encens et commerces d'antiquités où dénicher perles, tissus et sculptures de Bornéo.
Musées et cultures de l'île
Kuching s'est dotée d'un grand musée consacré aux cultures de Bornéo, qui met en scène les peuples du Sarawak, leurs maisons longues, leurs textiles et leur rapport à la forêt. C'est la meilleure introduction qui soit à la mosaïque humaine de l'île — Iban, Bidayuh, Orang Ulu, Malais et Chinois — et un excellent refuge climatisé aux heures chaudes. Les familles apprécieront aussi le petit musée du chat, clin d'œil assumé au nom de la ville.
Les orangs-outans de Semenggoh
À environ une demi-heure de route au sud, la réserve de Semenggoh protège des orangs-outans réhabilités qui vivent en semi-liberté dans la forêt. Matin et fin d'après-midi, des fruits sont déposés sur des plateformes; les grands singes viennent s'y nourrir quand la forêt ne suffit pas, surgissant des frondaisons dans un silence impressionnant. L'observation n'est jamais garantie — ce sont des animaux libres —, mais l'apparition d'une mère et son petit au bout d'une liane compte parmi les souvenirs les plus forts qu'une escale à Bornéo puisse offrir. Réservez l'excursion tôt : les horaires de nourrissage dictent le programme.
La table sarawakienne
Au chapitre des saveurs, la table locale défend deux spécialités avec ferveur : le laksa Sarawak, soupe de vermicelles au bouillon épicé à la fois riche et citronné, et le mee kolok, nouilles sautées à la viande. Les cafés traditionnels du vieux quartier en servent du matin au soir, dans un décor de carrelages anciens et de ventilateurs de plafond.
Dernier regard depuis la rive
Le soir venu, les lampadaires du Waterfront s'allument et les tambangs continuent leur navette silencieuse entre les deux rives. On remonte à bord avec le sentiment d'avoir traversé une histoire improbable — un royaume privé au cœur des tropiques — et d'avoir à peine entrouvert la porte de la forêt qui commence aux limites des derniers quartiers. L'escale se quitte comme on referme un roman d'aventures : à regret, en se promettant la suite.