Peu de villes ont donné leur nom à un passage maritime vital. Malacca, sur la côte ouest de la Malaisie, règne en mémoire sur le détroit qui relie l'océan Indien à la mer de Chine : sultans, Portugais, Hollandais puis Britanniques s'y sont succédé, laissant un centre historique inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO où chaque rue change d'époque et d'accent.
De la rade à la place Hollandaise
Les paquebots mouillent au large et débarquent leurs passagers en annexe près du musée maritime, reconnaissable à sa réplique grandeur nature de la Flor de la Mar, la caraque portugaise dont la silhouette domine le quai. De là, une quinzaine de minutes de marche à travers la zone patrimoniale mène à la place Hollandaise, cœur battant de la vieille cité; navettes gratuites et autobus locaux complètent l'offre pour qui préfère s'épargner la marche sous le soleil équatorial.
Le rouge du Stadthuys
Impossible de manquer le cœur colonial : autour de sa fontaine victorienne s'alignent l'église du Christ et le Stadthuys, massif hôtel de ville hollandais du XVIIe siècle, tous deux peints de ce rouge profond devenu l'emblème de la ville. Le Stadthuys, parmi les plus anciens bâtiments hollandais d'Asie, abrite des musées d'histoire qui aident à démêler les strates de la cité, du sultanat malais aux indépendances modernes.
La colline Saint-Paul
Derrière la place, un escalier grimpe en dix minutes vers la colline Saint-Paul. Au sommet, les murs sans toit de l'église Saint-Paul, élevée par les Portugais au XVIe siècle, veillent sur le détroit sillonné de cargos. La montée vaut autant pour la vue que pour l'atmosphère : pierres tombales anciennes, musiciens de rue et brise marine composent une pause bienvenue avant de redescendre vers les quartiers marchands. Comptez de bonnes chaussures, l'escalier étant inégal par endroits.
Jonker Street et l'âme peranakan
De l'autre côté de la rivière commence le quartier chinois historique et sa colonne vertébrale, Jonker Street. Boutiques d'antiquaires, maisons-boutiques aux façades ornées, temples et cuisine de rue y célèbrent la culture peranakan, née du mariage des traditions chinoises et malaises. On y goûte le poulet en boules de riz ou le cendol glacé, on y marchande un objet ancien devant des façades où se mêlent inscriptions chinoises et stucs coloniaux, on s'y perd volontiers : c'est ici que Malacca se raconte le mieux.
Organiser sa journée
La zone historique se découvre très bien par soi-même : les distances restent courtes, la signalisation guide les pas en plusieurs langues et les navettes gratuites complètent l'autobus public qui relie le débarcadère au terminal de Melaka Sentral. Deux précautions s'imposent : partir tôt pour devancer la chaleur, écrasante en milieu de journée, et prévoir de l'eau ainsi qu'un couvre-chef. Les amateurs de visites guidées trouveront sur place des circuits à pied consacrés au patrimoine, utiles pour décoder les multiples couches d'histoire de la cité.
Au fil de la rivière
La rivière Malacca, autrefois artère commerciale du sultanat, offre aujourd'hui une promenade aménagée bordée de murales colorées et de terrasses. Les bateaux-promenade la remontent en une quarantaine de minutes; à pied, les berges relient agréablement les principaux secteurs historiques en évitant la circulation. Le soir, lampions et enseignes se reflètent dans l'eau, mais la plupart des escales n'en verront que la version diurne, tout aussi plaisante.
En regagnant l'annexe, on repense à tous ces pavillons qui ont flotté sur la ville : ceux des sultans, du Portugal, des Provinces-Unies, de la Couronne britannique. Tous sont partis; les parfums de cuisine, les temples et les façades rouges sont restés. Le détroit, lui, continue de porter les navires, dont le vôtre, déjà attendu ailleurs.