Sandakan sent la forêt tropicale avant même qu'on la voie apparaître. Sur la côte nord-est de Bornéo, dans l'État malaisien du Sabah, cette ancienne capitale coloniale s'ouvre sur une large baie où les navires accostent en plein cœur de la ville ou débarquent leurs passagers en annexe au quai du club nautique. Le bourg se laisse volontiers explorer à pied, mais presque tout le monde vient d'abord ici pour une raison bien précise : les orangs-outans de Sepilok.

Sepilok, le rendez-vous des grands singes

À environ vingt-cinq kilomètres du quai, soit une quarantaine de minutes de route, le sanctuaire de Sepilok recueille depuis 1964 des orangs-outans orphelins, victimes du déboisement ou du braconnage, pour leur réapprendre la vie sauvage. Des passerelles de bois surélevées traversent les arbres jusqu'aux plateformes de nourrissage, dans un silence que seuls brisent les cris d'oiseaux, où les pensionnaires se balancent de liane en liane aux heures de repas du matin et de l'après-midi. Voir surgir des feuillages une mère et son petit, accrochés l'un à l'autre, reste un moment que peu de voyageurs oublient. Les guides rappellent les consignes avec fermeté : distance, silence, aucune nourriture visible, car ces grands singes partagent avec nous l'essentiel de leur curiosité.

Les voisins de Sepilok

Le secteur regroupe d'autres sites qui se combinent aisément dans une même sortie.

SiteCe qu'on y observe
Refuge des ours malaisLe plus petit ours du monde, soigné et réhabilité
Rainforest Discovery CentreUne passerelle de canopée de 620 mètres au-dessus des arbres
Labuk BayDes nasiques au long nez dans les palétuviers

La passerelle de canopée mérite une mention particulière : suspendue à hauteur des cimes, elle place le marcheur au niveau des calaos et des écureuils volants, dans la lumière verte du matin, quand la brume s'accroche encore aux branches les plus hautes.

Le bourg entre mer et collines

De retour vers le port, Sandakan aligne ses marchés où s'empilent poissons séchés, fruits épineux et légumes des hautes terres, dans un mélange d'odeurs qui ne laisse personne neutre. Les vendeuses interpellent gaiement les passants, les vieilles balances oscillent, et l'on repart souvent avec un sachet de mangues pour la route. Le front de mer, reconstruit après la Seconde Guerre mondiale, vit au rythme des bateaux de pêche qui déchargent leurs prises à même les quais. Les attraits urbains se trouvent presque tous à moins d'un kilomètre et demi du point de débarquement, ce qui laisse le temps d'une flânerie sans stress avant la remontée à bord. Prévoir de l'eau, un parapluie compact et des vêtements légers : la chaleur humide de Bornéo se respecte, et ses averses tombent sans préavis.

Une escale qui engage

Peu de destinations confrontent aussi directement le voyageur aux enjeux de conservation. Les orangs-outans, les ours malais et les nasiques doivent leur survie à des équipes qui travaillent avec des moyens modestes, et chaque billet d'entrée contribue concrètement à leur mission. On remonte finalement la passerelle du navire avec des images de canopée plein la mémoire et, souvent, une réflexion nouvelle sur ce que vaut une forêt debout. Les boutiques des centres reversent leurs profits aux programmes de soins, ce qui donne au magasinage de souvenirs une saveur particulière.

Cap sur la suite

Au départ, la baie se referme lentement sur les collines vert sombre de Bornéo. Quelque part sous ce couvert, une jeune femelle orang-outan apprend à construire son nid pour la nuit, comme sa mère le lui aurait montré. Le navire reprend sa route, mais une part du voyageur reste suspendue aux branches, quelque part au-dessus des passerelles de bois.