Il faut regarder une carte pour mesurer l'isolement de Rodrigues : un point volcanique posé dans l'océan Indien, à 650 kilomètres au nord-est de Maurice, entouré d'un lagon turquoise presque deux fois plus vaste que l'île elle-même. Les navires font escale à Port Mathurin, sa capitale — l'une des plus petites du monde —, où la vie s'écoule à un rythme que beaucoup de voyageurs ont oublié.
Port Mathurin, capitale de poche
Quelques rues quadrillées, des boutiques créoles aux toits de tôle, deux églises, une mosquée : le tour du centre se fait à pied en moins d'une heure depuis le quai. C'est justement ce format réduit qui séduit. On salue les commerçants sur le pas de leur porte, on écoute le créole rodriguais chanter dans les conversations, on s'attarde devant les étals de vanniers. Si l'escale tombe un samedi matin, le marché bat son plein : piments confits, miel local, poissons séchés, limes et paniers tressés s'échangent dans une bonne humeur communicative. C'est le grand rendez-vous social de Rodrigues.
Le lagon, immense et peu profond
Autour de l'île, le lagon déploie des eaux claires où affleurent des bancs de sable. Les excursions en bateau mènent vers l'île aux Cocos, une langue de sable coiffée de filaos devenue réserve d'oiseaux marins : sternes et noddis y nichent par milliers, et l'on marche entre les colonies sous la surveillance des guides. Les amateurs de masque et tuba trouvent des jardins de corail à faible profondeur, tandis que les kitesurfeurs profitent d'alizés réguliers qui ont fait sa réputation dans leur discipline.
Tortues géantes et grottes calcaires
Dans le sud-ouest, la réserve François Leguat redonne vie au paysage qu'ont décrit les premiers voyageurs : des centaines de tortues géantes d'Aldabra y déambulent parmi une végétation indigène replantée, en hommage aux tortues de Rodrigues disparues au XVIIIe siècle. Les guides racontent aussi l'histoire de Leguat lui-même, ce huguenot français qui vécut ici dès 1691 et laissa l'une des premières descriptions émerveillées de cette nature insulaire. Tout près, la Caverne Patate s'enfonce sous la roche calcaire; une visite guidée conduit entre stalactites et stalagmites dans un réseau souterrain creusé au fil des millénaires sous le plateau corallien. Les deux sites se combinent aisément en une demi-journée depuis le quai.
Saveurs rodriguaises
La cuisine locale mérite qu'on lui réserve un moment : ourite (pieuvre) séchée au soleil puis mijotée, cari de poisson au safran local, piment limon qui relève tout, et ce miel réputé que les Mauriciens eux-mêmes viennent chercher ici. Les tables d'hôtes familiales, souvent perchées sur les hauteurs avec vue sur les eaux turquoise, servent ces plats accompagnés de légumes du jardin; réserver par l'entremise de l'excursion demeure la façon la plus simple d'y goûter.
Conseils d'escale
- Accostage au quai de Port Mathurin, en bordure immédiate du centre; tout se fait à pied en ville.
- Île aux Cocos : réservation par excursion organisée, environ une demi-journée, selon les marées.
- Réserve François Leguat et Caverne Patate : environ 45 minutes de route depuis la capitale.
- Monnaie : roupie mauricienne; petites coupures utiles au marché.
Ce que l'on remporte
Rodrigues ne cherche pas à retenir ses visiteurs par de grands monuments. Elle offre plutôt une douceur : celle d'un lagon sans fin, d'un marché où tout le monde se connaît, d'une tortue centenaire qui traverse un sentier sans se presser. En regagnant la passerelle, beaucoup de passagers se surprennent à ralentir le pas, comme pour emporter un peu de ce tempo insulaire avec eux.