Neuf baies, trente-six plages, et pas un édifice plus haut que les arbres qui les entourent : la côte de Huatulco, dans l'État d'Oaxaca, a été aménagée avec une retenue rare au Mexique. Le navire accoste au quai de Santa Cruz, l'une des anses les plus abritées du littoral, et tout ce qui compte pour la journée se trouve à distance de marche ou de bateau-taxi. Le décor donne le ton dès la passerelle : collines couvertes de forêt sèche, eau limpide, pélicans en patrouille au ras des flots.
Santa Cruz, premiers pas
Dès la sortie du débarcadère, la darse aligne ses pangas colorées, ses palapas de bord de mer et sa petite chapelle des marins. La Playa Santa Cruz s'incurve à une dizaine de minutes à pied du navire : 250 mètres de sable en croissant, une eau calme, des restaurants les pieds dans le sable où le poisson grillé arrive directement des embarcations. Pour une escale sans logistique, tout pourrait s'arrêter ici.
La Crucecita, le cœur du pays oaxaquénien
À environ un kilomètre et demi du quai — vingt minutes de marche ou quelques minutes de taxi —, La Crucecita joue le rôle de village central. Sur sa place bordée de lauriers, l'église de la Guadalupe abrite au plafond une représentation de la Vierge parmi les plus grandes du pays. Les rues voisines regorgent d'artisanat d'Oaxaca : alebrijes aux couleurs vives, textiles tissés main, chocolat de metate et mezcal des vallées centrales. Les comptoirs de glaces artisanales et les cafés de quartier donnent une bonne excuse pour s'attarder.
La Entrega et les fonds coralliens
Les amateurs de masque et tuba visent la Playa La Entrega, accessible en bateau-taxi depuis la darse ou en taxi par la route. Sa barrière corallienne toute proche du bord en fait le site d'apnée le plus fréquenté de la région : poissons-anges, demoiselles et bancs de sergents-majors évoluent à deux mètres sous la surface. Arriver tôt permet de profiter de l'eau claire avant l'affluence de la mi-journée.
Le littoral par la mer
Plusieurs anses restent inaccessibles par la route. Les catamarans et lanchas qui partent de la darse enchaînent criques et falaises en deux ou trois heures : l'Órgano et ses parois sculptées, Maguey et son croissant tranquille, Cacaluta la sauvage, connue des cinéphiles mexicains. Entre deux arrêts baignade, les capitaines pointent les fous bruns nichés sur les rochers. C'est la façon la plus complète de mesurer ce que « Bahías de Huatulco » veut dire.
Copalita, la mémoire du fleuve
À l'est de la zone hôtelière de Tangolunda, le parc écoarchéologique de Copalita marie sentiers en forêt, vestiges précolombiens et falaise dominant l'embouchure du fleuve du même nom. Temples bas, terrain de jeu de balle et petit musée de site racontent les peuples qui occupaient cette côte bien avant les complexes touristiques. Le parcours ombragé demande une à deux heures et croise iguanes et oiseaux à chaque détour — une respiration culturelle bienvenue entre deux baignades, à une quinzaine de minutes de taxi du débarcadère.
Le café des montagnes
Dans l'arrière-pays, la Sierra Madre du Sud cultive un café d'altitude réputé. Les excursions vers les plantations demandent du temps de route; les boutiques de La Crucecita offrent une solution plus simple en vendant les récoltes des fincas régionales, torréfiées sur place. Un sac de grains pluma d'Oaxaca constitue sans doute le souvenir le plus durable de l'escale.
Retour au quai
En fin de journée, les pangas rentrent une à une et les pélicans prennent leur poste sur les mâts. Huatulco laisse une impression de mesure : une côte développée sans démesure, un tourisme qui n'a pas englouti la vie locale. On remonte la passerelle avec du sel sur la peau et, souvent, l'envie d'y revenir pour explorer les anses qui manquent encore à l'appel.