En 1697, un jésuite italien débarqua sur cette côte aride avec une poignée d'hommes et fonda la première mission permanente des Californies. Tout ce qui suivit — les chemins royaux, les missions de San Diego à San Francisco — partit d'ici. Loreto, aujourd'hui paisible bourgade de la mer de Cortez, garde de cette histoire une fierté discrète et un centre ancien qui se parcourt entièrement à pied.
Arriver par la mer
Les navires mouillent au large et débarquent leurs passagers en tender à la jetée municipale, à l'extrémité nord du malecón. La promenade de front de mer donne le ton de la journée : pêcheurs qui déchargent leurs pangas, pélicans en patrouille, et en toile de fond les silhouettes bleues des îles du parc national marin. Le centre historique commence à cinq minutes de marche, sur des rues planes et ombragées. Selon la saison, quelques voiliers de plaisance partagent la rade avec les pangas, halte appréciée des navigateurs qui descendent la péninsule.
La mission mère des Californies
L'église Nuestra Señora de Loreto dresse son clocher de pierre au-dessus de la place centrale. L'inscription au-dessus du portail la présente comme « tête et mère des missions de Basse et Haute-Californie » — un titre qu'aucun autre sanctuaire du continent ne peut revendiquer. À l'intérieur, retable doré et fraîcheur minérale; juste à côté, le musée des Missions expose outils, art sacré et documents des jésuites qui racontent l'improbable colonisation de ce désert. L'ensemble — sanctuaire, musée, place — se visite en deux ou trois heures sans se presser.
Autour de la place
La Plaza Cívica et les rues voisines invitent à ralentir : arcades, ficus centenaires, galeries d'artisans où l'on trouve argenterie, céramiques et tissages du continent. Les restaurants du centre servent la spécialité régionale, les almejas chocolatas — de grosses palourdes au coquillage brun chocolat — grillées à l'ail ou en ceviche. Une halte à l'ombre avec un café de la sierra suffit à comprendre le rythme local, celui d'un bourg où tout le monde se salue et où la sieste garde ses droits. Lors des longues escales, la place s'anime en fin de journée de musiciens et de familles venues prendre le frais.
Le parc marin et l'île Coronado
Face au village, le parc national de la baie de Loreto protège cinq îles inscrites au patrimoine mondial. La plus proche, l'île Coronado, montre un profil volcanique flanqué de criques au sable presque blanc où se prélassent les otaries. Les excursions en panga y consacrent une demi-journée entre navigation, apnée et marche légère. Les eaux du parc comptent parmi les plus riches du golfe : dauphins à coup sûr ou presque, et, à la fin de l'hiver, passage de la baleine bleue, le plus grand animal de la planète, que les biologistes viennent étudier ici chaque année.
Pour les curieux d'histoire
Les voyageurs disposant d'une escale longue peuvent pousser jusqu'à la mission San Javier, à 35 kilomètres dans la sierra par une route de montagne spectaculaire. Cet édifice de pierre volcanique du dix-huitième siècle, considéré comme le mieux conservé des établissements religieux de la péninsule, demande environ trois heures aller-retour de route : à réserver aux journées où le navire reste tard au mouillage. En chemin, la route croise des oasis de palmiers où l'on cultive encore vigne et olives selon les méthodes introduites il y a trois siècles.
Dernier tour de malecón
Avant de reprendre le tender, un dernier passage sur le front de mer s'impose, quand la lumière rase dore les îles. Loreto ne fait pas de bruit : elle aligne trois siècles d'histoire, une mer classée et un village qui vit à hauteur d'homme. Les escales de ce genre se font rares, et celle-ci reste en mémoire précisément parce qu'elle ne cherche pas à retenir.