Giurgiulesti Moldova
Moldova

La Moldavie ne touche le Danube que sur quelques centaines de mètres, et c'est ici, à Giurgiulesti, que tout se joue. Ce village du sud moldave, posé au confluent du Prout et du grand fleuve, abrite l'unique port moldave ouvert sur les grandes routes fluviales du continent. Le navire s'y range le long d'un quai récent, à deux pas du poste-frontière, dans un paysage de berges basses et de peupliers. Les rares navires de croisière qui s'y arrêtent offrent à leurs passagers une escale hors des sentiers habituels, dans une contrée que peu de voyageurs peuvent dire avoir visitée.

En marge des circuits

Coincée entre la Roumanie et l'Ukraine, la Moldavie demeure l'un des pays les moins visités d'Europe. C'est précisément ce qui fait l'intérêt de l'arrêt : rien n'y est calibré pour le tourisme de masse. Le terminal, moderne mais modeste, dessert surtout le commerce; les passagers y sont accueillis avec une curiosité réciproque. Autour, la plaine agricole s'étend à perte de vue, ponctuée de vergers, de champs de tournesols et de villages aux maisons basses entourées de vignes.

La patrie du vin

La vigne est ici une affaire nationale. La Moldavie se classe parmi les grands producteurs de vin d'Europe orientale, et nombre de familles rurales produisent leur propre vin, gardé en dames-jeannes et partagé sans cérémonie; les domaines établis, eux, rivalisent désormais dans les concours internationaux. Les excursions proposées lors des escales mènent généralement vers des domaines de la région méridionale, où l'on visite les chais avant de goûter aux cépages locaux comme le feteasca ou le rara neagra, accompagnés de fromage de brebis et de pain maison. L'accueil, direct et généreux, reste le meilleur souvenir que l'on rapporte de ces visites.

La vie au confluent

Depuis le pont du navire, le paysage résume la géographie singulière du lieu : les eaux du Prout, venues des Carpates, rejoignent le cours immense venu du cœur du continent à quelques encablures, et trois pays se partagent l'horizon. En amont, la ville roumaine de Galati dresse ses grues et ses cheminées; en aval, le fleuve s'élargit vers le delta et la mer Noire. Les pêcheurs du village tendent encore leurs filets dans les bras morts, comme on le fait ici depuis des générations. Au crépuscule, les hérons pêchent dans les hauts-fonds et les convois de barges glissent vers la mer Noire, feux allumés.

Une halte d'observation

Giurgiulesti ne propose ni monument ni musée d'envergure, et il serait malhonnête de prétendre le contraire. Ce que l'escale offre tient à autre chose : le contact avec une Europe rurale restée à l'écart, des conversations traduites par les guides, un verre de vin servi sans façon dans une cour de ferme. Les voyageurs qui collectionnent les pays y ajoutent une rareté; les autres y trouvent un moment de calme entre les grandes étapes du voyage. On photographie le panneau du terminal, on échange trois mots avec un douanier amusé, et l'on repart avec le sentiment d'avoir ajouté une pièce rare à son carnet de route.

Repères pour l'escale

ÉlémentDétail
AccostageQuai du terminal fluvial, seul accès de la Moldavie au Danube
ExcursionsDomaines viticoles et villages de la région sud, selon les itinéraires
MonnaieLeu moldave; prévoir un peu d'argent local pour les achats de village
Bon à savoirArrêt rare, présent surtout sur les itinéraires du bas Danube vers le delta

Certains ports se visitent pour leurs splendeurs; d'autres valent pour ce qu'ils racontent de la carte du monde. Giurgiulesti appartient à la seconde famille. Quelques centaines de mètres de rive auront suffi à un petit pays pour se donner une fenêtre sur les mers, et au voyageur pour entrevoir une Europe que les itinéraires classiques ignorent.