Au petit matin, depuis le pont d'un bateau qui descend l'Irrawaddy, la plaine de Bagan apparaît par fragments : une flèche dorée qui accroche la première lumière, puis dix silhouettes de brique, puis cent. Plus de 3 000 temples et stupas se dressent sur cette plaine du centre du Myanmar, vestiges d'un royaume qui fit de Bagan sa capitale entre le XIe et le XIIIe siècle. Le site est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, et aucune photographie ne prépare tout à fait à l'échelle réelle des lieux.
Arriver par le fleuve
Les navires fluviaux qui relient Mandalay à Bagan s'amarrent à la berge, le plus souvent à la jetée de Nyaung-U, à quelques kilomètres du Vieux-Bagan, ou directement près du site ancien selon le niveau du fleuve. Le débarquement donne le ton de la journée : une rampe posée sur le sable, des porteurs qui montent et descendent, des femmes qui vendent des longyis et des laques sous les tamariniers. Des véhicules attendent en haut de la berge pour conduire les passagers vers les temples ; certains voyageurs préfèrent la calèche, dont le pas lent s'accorde au rythme du site. Mieux vaut d'ailleurs choisir quelques sanctuaires et prendre le temps de les regarder vraiment, plutôt que de courir tous les chemins de terre d'une zone archéologique qui s'étend sur des dizaines de kilomètres carrés.
Shwezigon, l'or au bout de l'allée
Près de Nyaung-U, la pagode Shwezigon constitue une première étape naturelle. Son stupa couvert d'or, commencé au XIe siècle, servit de modèle à d'innombrables sanctuaires birmans. On y accède par de longues galeries marchandes où s'alignent statuettes, gongs et fleurs en offrande. Autour de la plateforme, les fidèles circulent pieds nus dans le sens des aiguilles d'une montre, versent de l'eau sur les autels des jours de naissance et récitent leurs prières à voix basse. Le visiteur est le bienvenu, à condition de se déchausser et de couvrir épaules et genoux.
Ananda et la plaine aux mille briques
Plus au sud, le temple Ananda passe pour l'un des plus accomplis de l'architecture birmane. Ses quatre bouddhas debout, hauts de plusieurs mètres, se dressent chacun face à un point cardinal au fond de couloirs voûtés où la lumière tombe par des claires-voies. Entre Ananda et les sanctuaires voisins, la route traverse une campagne sèche piquée d'acacias et de palmiers à sucre, où chaque butte révèle une nouvelle construction de brique. Le séisme de 2016 a laissé des traces, et plusieurs monuments portent encore des échafaudages : la restauration se poursuit, patiente, sous l'œil des archéologues.
La laque, patience birmane
La région est aussi celle de la laque. Dans les ateliers du village de Myinkaba, on suit toutes les étapes du travail : l'armature de bambou tressé, les couches successives de sève, le polissage, puis la gravure à main levée de motifs d'une finesse déconcertante. Un simple bol demande des mois de gestes répétés, appris dès l'enfance. Regarder les artisanes travailler quelques minutes suffit à comprendre pourquoi ces objets traversent les générations.
Repères pour l'escale
- Accostage à la berge, jetée de Nyaung-U ou abords du Vieux-Bagan selon les eaux
- Pagode Shwezigon à proximité de Nyaung-U
- Temple Ananda et grands sanctuaires du Vieux-Bagan à quelques kilomètres
- Ateliers de laque à Myinkaba
- Épaules et genoux couverts, chaussures retirées dans chaque sanctuaire
Le soir sur l'Irrawaddy
En fin de journée, la lumière rase embrase la brique et allonge l'ombre des stupas sur la plaine. Selon la saison, des montgolfières s'élèvent à l'aube au-dessus des temples, et leur lente dérive donne la mesure du site mieux que n'importe quelle carte. De retour à bord, tandis que le bateau s'écarte de la berge, les flèches dorées brillent une dernière fois au-dessus des arbres. On quitte Bagan avec le sentiment d'avoir aperçu, en quelques heures, mille ans de ferveur, et l'envie précise d'y revenir un jour pour compter les temples qu'on n'a pas vus.