Des centaines de jarres couleur de miel sèchent au soleil sur la berge, alignées comme une armée pansue face au fleuve. Voilà la première image de Kyaukmyaung, bourgade de la région de Sagaing posée sur la rive de l'Irrawaddy à environ 74 kilomètres au nord de Mandalay. Les bateaux de croisière fluviale qui remontent vers le nord du Myanmar s'échouent doucement contre la berge de sable — ici, pas de terminal : une passerelle, quelques marches taillées dans la rive, et le village commence.
La capitale des jarres géantes
Kyaukmyaung vit de la terre et du feu depuis le dix-huitième siècle. La tradition raconte que des potiers môns, déplacés ici après les guerres du roi Alaungpaya, apportèrent leur savoir-faire; leurs descendants façonnent toujours les fameuses jarres vernissées de la région, dont les plus imposantes atteignent 200 litres. Ces récipients, connus jadis sous le nom de jarres de Martaban, voyageaient sur les navires marchands de toute l'Asie pour conserver eau, huile et grains; on les retrouve aujourd'hui encore devant les maisons birmanes, où elles gardent l'eau fraîche offerte aux passants.
Ngwe Nyein, le village des potiers
Le cœur de l'artisanat bat à Ngwe Nyein, le plus grand des hameaux potiers, où une bonne partie de la population travaille l'argile. La promenade traverse des cours encombrées de pièces en attente de cuisson et mène aux ateliers : les potiers y façonnent les pièces géantes à plusieurs mains avant la cuisson dans de longs fours de brique chauffés au bois. La glaçure, obtenue selon des recettes maison, donne aux pièces leurs coulures brunes, vertes et dorées. Les artisans accueillent volontiers les visiteurs, et les petites pièces — gobelets, pots, tirelires — se glissent aisément dans un bagage de croisière.
Marcher dans la bourgade
Au-delà des ateliers, Kyaukmyaung se découvre à pied en une heure tranquille : le marché du matin et ses montagnes de tomates et de poissons de l'Irrawaddy, les maisons de teck sur pilotis, le monastère où résonnent les récitations des novices, les charrettes à bœufs qui croisent les motos chinoises. Rien n'est mis en scène; tout fonctionne comme la veille de votre passage et comme le lendemain. C'est précisément la valeur de cette escale : un morceau de Birmanie rurale saisi dans son mouvement ordinaire.
Le fleuve qui se resserre
En amont de la bourgade, l'Irrawaddy s'engage dans son troisième défilé, un passage où le grand fleuve, ailleurs si large, se faufile entre des collines rapprochées. Les navigateurs de jadis redoutaient ce goulet; les passagers d'aujourd'hui y gagnent, depuis le pont, l'un des plus beaux moments de la remontée vers le nord, quand les rives se rapprochent et que les villages s'accrochent aux pentes. Si votre itinéraire poursuit au-delà de Kyaukmyaung, restez dehors : le paysage se charge de la suite.
Conseils pratiques
- Le débarquement se fait souvent sur une berge en pente : chaussures fermées recommandées.
- Prévoyez chapeau et eau; l'ombre se limite aux ruelles et aux ateliers.
- Comptez une heure trente à deux heures pour combiner ateliers, marché et promenade, sans presser le pas.
- Les achats se règlent en kyats et en petites coupures; le marchandage reste courtois et souriant.
- Demandez toujours avant de photographier les artisans au travail — la permission est presque toujours accordée d'un signe de tête.
Au moment de repartir
Quand le navire se détache de la rive, l'armée pansue reprend sa veille, comme elle le fait depuis deux siècles et demi. On repart les mains marquées d'un peu d'argile séchée et la mémoire pleine de gestes précis — ceux d'un métier qui transforme la boue du grand cours d'eau en objets de patience, faits pour durer autant que la terre cuite elle-même.