Monywa Myanmar
Myanmar

La Chindwin n'a pas la célébrité de l'Irrawaddy, dont elle est le principal affluent. Les bateaux qui la remontent naviguent loin des circuits fréquentés, entre bancs de sable et villages de pêcheurs, jusqu'à Monywa, grande cité commerçante du centre du Myanmar. L'accostage se fait contre la berge, au plus près d'une ville affairée où les scooters se faufilent entre les charrettes; le contraste avec la torpeur du fleuve saisit dès les premiers pas.

Thanboddhay, l'exubérance faite pagode

À quelques kilomètres de la berge, la pagode Thanboddhay ne ressemble à rien de connu. Édifiée entre 1939 et 1952, elle superpose des terrasses peintes de couleurs franches, hérissées de centaines de flèches dorées, et abrite plus de 500 000 représentations de Bouddha : elles tapissent les murs, les piliers, les niches, jusqu'au moindre recoin. On déambule dans ce kaléidoscope en cherchant vainement un espace vierge; les fidèles, eux, circulent avec naturel entre offrandes et prières, indifférents au vertige des visiteurs. Loin de la sobriété des temples anciens, le lieu témoigne d'une ferveur populaire joyeuse, presque naïve, qui ne laisse personne indifférent.

Le géant de la colline Po Kaung

Non loin de là, le site de Bodhi Tataung — « mille Bouddhas » — étage ses statues sur des collines plantées d'arbres de la Bodhi. Au sommet se dresse l'une des plus hautes statues du monde : un Bouddha debout de 132 mètres, visible à des kilomètres à la ronde, qui domine un Bouddha couché aux proportions elles-mêmes gigantesques. Du pied du colosse, le regard porte sur toute la vallée de la Chindwin, damier de champs et de palmiers qui s'embrase au couchant. L'échelle du lieu défie les repères habituels; on s'y sent minuscule, et c'est sans doute l'effet recherché. Les pèlerins birmans, eux, viennent en famille, pique-nique au panier, et gravissent les escaliers en riant.

Les grottes peintes de Hpo Win Daung

Sur la rive occidentale de la Chindwin, à environ 25 kilomètres de la ville, le grès d'une colline a été creusé au fil des siècles en un dédale de 947 grottes-sanctuaires. Les plus anciennes peintures murales de Hpo Win Daung remontent au XIVe siècle : processions, jatakas et motifs floraux y conservent des pigments d'une fraîcheur étonnante, veillés par des Bouddhas sculptés à même la roche. La visite tient de l'exploration, lampe de poche en main, de cavité en cavité; des chaussures fermées facilitent la progression sur le grès poli par les siècles. Les singes qui hantent le site ajoutent une note d'imprévu; mieux vaut tenir fermement lunettes et collations. Le trajet depuis la berge se fait en véhicule avec chauffeur ou en excursion organisée, traversée comprise.

Une ville de commerce et de marchés

Entre deux sanctuaires, Monywa elle-même mérite un arrêt : ses marchés comptent parmi les plus actifs de la région, plaque tournante des produits de la vallée. Haricots, sésame, thanaka en bâtonnets, laques et cotonnades passent de main en main dans un brouhaha bon enfant. Les femmes portent sur les joues la pâte dorée du thanaka, à la fois écran solaire et parure, et les vendeuses en expliquent volontiers la préparation, meule de pierre à l'appui. Peu d'étrangers s'attardent dans ces allées, ce qui garantit des échanges spontanés et des prix sans folklore.

En redescendant vers le bateau, le grand Bouddha doré accroche une dernière fois le soleil au-dessus de la plaine. La Chindwin reprend son cours indolent, et le voyageur emporte des images que peu de gens possèdent : une pagode-kaléidoscope, un géant sur sa colline, des parois peintes dans la pénombre. Les fleuves secondaires font parfois les souvenirs principaux.