Sur les berges de l'Irrawaddy, des billots clairs s'empilent par centaines devant les entrepôts : c'est le bois de thanaka, dont les Birmans tirent depuis des siècles la pâte dorée qui protège leur visage du soleil. Pakokku en est l'un des grands marchés du pays, et cette activité donne le ton d'une étape consacrée à la vie quotidienne birmane. Les bateaux fluviaux qui relient Mandalay à Bagan s'amarrent au pied de la ville, sur la rive occidentale du fleuve, à une trentaine de kilomètres en amont des grands temples.
Le marché aux mille odeurs
Le marché central déborde d'étals où se mêlent tomates, arachides, piments, poissons séchés et feuilles de tabac géantes, spécialité régionale destinée aux cheroots, les cigares birmans. Les vendeuses, joues poudrées de thanaka, pèsent les marchandises sur de vieilles balances à plateaux, et les clients repartent à bicyclette, paniers débordants. C'est un marché de grossistes et de familles, pas une vitrine pour visiteurs : on s'y déplace avec curiosité et discrétion, et chaque allée réserve une scène de vie.
Ateliers de cheroots et de tissage
Les excursions mènent souvent à un atelier où des ouvrières roulent les cheroots à une cadence impressionnante, feuille après feuille, en discutant et en riant. Ailleurs, des métiers à tisser cliquettent dans des maisons de teck : la région produit couvertures et cotonnades vendues dans tout le pays. Ces visites, simples et directes, valent par la rencontre : ici, personne ne joue un rôle pour la photographie, et un sourire ouvre toutes les portes.
Une ville de monastères
Pakokku compte parmi les grands centres d'études bouddhiques de Birmanie, et ses monastères accueillent de nombreux moines et novices. Au fil des rues, les processions matinales de robes safran, bols à aumônes contre la hanche, rythment la vie des quartiers. Les stupas dorés pointent au-dessus des toits de tôle, et les pagodes de quartier, souvent modestes, offrent des instants d'ombre et de calme dans la chaleur de la plaine centrale.
Les environs conservent en outre de vieux ensembles religieux, dont des monastères de bois sculpté et d'anciennes cités monastiques de la plaine, que certains programmes incluent selon le temps disponible. Ces haltes, poussiéreuses et attachantes, complètent le portrait d'une région restée fidèle à ses traditions, entre champs d'arachides, palmiers à sucre et villages de potiers établis le long des pistes.
En tuk-tuk dans les ruelles
Le moyen le plus réjouissant d'embrasser la ville reste le tuk-tuk ou la carriole locale : on circule entre les maisons de bois, les échoppes de nouilles, les charrettes de pastèques et les écoliers en uniforme vert, dans un joyeux concert d'avertisseurs. La visite ne poursuit aucun monument majeur, et c'est précisément sa force : Pakokku montre la Birmanie du quotidien, industrieuse et souriante, celle que les grands sites ne racontent pas.
Le fleuve lui-même fait partie du spectacle. L'Irrawaddy déroule ici ses bancs de sable mouvants, ses pêcheurs au filet et ses convois de bambous flottés; en saison sèche, les pilotes lisent l'eau comme une carte pour éviter les hauts-fonds. Depuis le pont, au mouillage, on suit la toilette du soir des familles riveraines et le retour des troupeaux, tableau paisible qui vaut bien des excursions.
Quand le bateau reprend le fil du fleuve vers Bagan et ses milliers de temples, le contraste prend tout son sens. Les images qui restent de Pakokku sont faites de gestes : une main qui roule un cigare, une autre qui moud le thanaka, un salut lancé depuis une bicyclette. C'est une escale sans fard, et ceux qui aiment comprendre un pays par ses habitants la comptent souvent parmi leurs meilleurs souvenirs de l'Irrawaddy.