Pyay Prome, Myanmar
Myanmar

Sur l'Irrawaddy, les journées se mesurent au trafic du fleuve : barges de teck, pirogues chargées de jarres, pêcheurs relevant leurs filets dans la lumière laiteuse du matin. Puis une butte dorée se détache au-dessus de la rive orientale, et le navire fluvial met le cap sur Pyay. L'ancienne Prome des cartes britanniques, à environ 260 kilomètres au nord-ouest de Yangon, vit toujours au rythme de l'eau, et son embarcadère met le voyageur à quelques minutes du cœur de la cité. Étape appréciée des croisières reliant Mandalay au delta, elle se découvre en quelques heures, à pied et en voiture.

La pagode Shwesandaw

Tout converge vers elle. Le stûpa doré de Shwesandaw domine les toits du haut de sa terrasse, et la tradition veut qu'il abrite des cheveux du Bouddha, ce qui en fait l'un des grands lieux de pèlerinage du pays. On y monte pieds nus par des escaliers couverts, entre vendeurs de fleurs et de feuilles d'or, jusqu'à l'esplanade de marbre où les cloches tintent dans le vent chargé d'encens. Les fidèles y déposent leurs offrandes en fin de journée, dans un va-et-vient paisible qui n'a rien d'un spectacle organisé. Face au sanctuaire, un bouddha assis de plusieurs étages, le Sehtatgyi, regarde la colline d'un œil placide : la vue croisée des deux géants compose l'image la plus forte de l'escale.

Sri Ksetra, la cité des rois pyus

À huit kilomètres au sud-est s'étendent les vestiges de Sri Ksetra, appelée aussi Thayekhittaya, capitale du peuple pyu bien avant l'essor de Bagan. Le site, premier du Myanmar inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, éparpille dans les champs ses stûpas massifs, ses portes de brique et ses murailles mangées d'herbes. Le cylindre du Bawbawgyi, haut comme un immeuble, s'y dresse depuis plus d'un millénaire, prototype vénérable des silhouettes qui essaimeront ensuite dans tout le bassin de l'Irrawaddy; les dômes trapus du Payagyi et du Payama montent la garde plus près de la route. Un petit musée de site rassemble urnes funéraires, perles et inscriptions retrouvées lors des fouilles. On parcourt les lieux en voiture ou en carriole tirée par un bœuf placide, entre buffles et paysans, avec le sentiment de feuilleter la préhistoire de l'architecture birmane.

Le marché et les rues

De retour en ville, le marché central déborde de thanaka, cette pâte d'écorce dont les habitants se poudrent le visage, de mangues, de poissons d'eau douce et de laques. Les rues alentour mêlent maisons de bois, façades coloniales défraîchies et salons de thé où l'on s'attable devant un thé au lait sucré et des samoussas, pendant que les vélos chargés de marchandises se faufilent entre les étals. Les sourires suivent le passant de bout en bout : Pyay reçoit peu de visiteurs, et cette rareté rend les échanges d'autant plus spontanés.

L'Irrawaddy au couchant

En fin de journée, la berge devient promenade. Les familles descendent regarder passer les convois, les moines longent l'eau dans leurs robes safran et le soleil s'écrase lentement derrière la rive opposée, incendiant le dôme de Shwesandaw. Les photographes s'installent tôt sur la berge pour saisir la scène. C'est l'heure où l'escale prend tout son sens : le courant, la colline dorée et la vie ordinaire s'accordent sans effort, comme ils le font ici depuis quinze siècles.

Reprendre le courant

Le navire largue ses amarres et l'Irrawaddy reprend son travail patient, portant lentement le voyageur vers d'autres rives et d'autres escales. De Pyay resteront un cylindre de brique planté dans les rizières, un bouddha grand comme un immeuble et le tintement des cloches au sommet d'une butte dorée. Les capitales passent; le fleuve, lui, se souvient de toutes.