Tant Kyi Taung Myanmar
Myanmar

De la rive ouest de l'Irrawaddy, Bagan se contemple autrement : des milliers de temples posés dans la brume, de l'autre côté du fleuve. C'est ici, face à la plaine la plus célèbre du Myanmar, que les bateaux fluviaux font halte à Tant Kyi Taung. La colline qui donne son nom à l'escale porte une pagode presque millénaire, but d'un pèlerinage que les croisiéristes partagent le temps d'une matinée avec les fidèles birmans.

Une halte sur la rive ouest

Les navires s'amarrent contre la berge sablonneuse, au pied du village. Le débarquement se fait par passerelle, entre les buffles et les charrettes qui descendent boire au fleuve. Aussitôt à terre, le décor rural s'impose : maisons de bambou sur pilotis, greniers à riz, enfants qui accompagnent les visiteurs sur le chemin. La colline se dresse en retrait, coiffée d'un éclat doré. Le contraste avec l'agitation touristique d'en face frappe immédiatement : ici, pas de file d'attente ni de boutique de souvenirs, seulement le quotidien d'un hameau agricole.

La montée vers la pagode

Des véhicules locaux grimpent la piste qui serpente jusqu'au sommet, un trajet cahoteux qui fait partie du plaisir. Au fil de la montée, l'Irrawaddy s'élargit dans le paysage et les toits du village rapetissent. On se cramponne, on rit beaucoup, et les conducteurs, fiers de leur monture, klaxonnent gaiement à chaque virage. Les derniers mètres se font pieds nus, comme dans tous les lieux sacrés du pays : les sandales restent à l'entrée, et le marbre des terrasses surprend par sa fraîcheur au petit matin.

Un sanctuaire du onzième siècle

La pagode fut élevée en 1059 sous le règne du roi Anawrahta, fondateur du premier grand royaume birman. La tradition veut qu'elle abrite une relique dentaire du Bouddha, ce qui en fait l'un des sanctuaires vénérés de la région. Une trentaine de statues d'éléphants ceinturent la base de l'édifice, tournées vers toutes les directions. Dorures, cloches et offrandes de fleurs composent un ensemble vivant, entretenu avec ferveur par les pèlerins. Les familles birmanes y pique-niquent après la prière, et les visiteurs étrangers se font souvent inviter à partager thé et photos de groupe.

Le panorama sur Bagan

Depuis les terrasses, le regard embrasse la boucle du fleuve et, au loin, la plaine de Bagan hérissée de temples de brique. Le site, inscrit au patrimoine mondial, se devine mieux qu'il ne se détaille : c'est justement ce qui rend la vue mémorable. Les photographes attendront les trouées de lumière entre les nuages, quand les stupas lointains accrochent le soleil un à un. Un thé se partage volontiers à l'ombre des terrasses avant la descente.

Le village au retour

La descente ramène vers les ruelles de terre battue, où la vie suit son cours : tissage sous les maisons, séchage des arachides, thé sucré offert à l'ombre. Les bateaux organisent souvent une marche guidée qui permet de saisir le quotidien de cette rive paisible, restée à l'écart du tourisme de masse qui anime la rive opposée.

Repères pour la visite

  • Épaules et genoux couverts, chaussures faciles à retirer : les règles des lieux sacrés s'appliquent.
  • La montée en véhicule prend une vingtaine de minutes; prévoyez un peu de monnaie pour les offrandes.
  • Les plus sportifs peuvent grimper à pied, en prévoyant de bonnes chaussures et un départ matinal.
  • La lumière du matin, plus douce, favorise la vue sur la plaine aux mille temples.

Lorsque le bateau reprend son cap, la colline dorée veille encore longtemps sur le fleuve. L'escale aura offert ce que peu d'itinéraires permettent : voir Bagan comme les villageois d'en face la voient depuis des siècles, de loin, avec respect, comme une promesse posée à l'horizon.