Rembrandt avait 25 ans lorsqu'il quitta Leyde pour Amsterdam. Sa ville natale, elle, n'a jamais cessé de cultiver ce qui l'avait vu grandir : les canaux, les livres et la peinture. Escale des croisières fluviales néerlandaises, l'escale offre au passager un condensé du Siècle d'or, avec 28 km de canaux, 88 ponts et la plus ancienne université des Pays-Bas, fondée en 1575.
Une arrivée en douceur
Les navires fluviaux s'amarrent à proximité du centre historique, que l'on rejoint à pied en longeant les quais. La vieille ville se parcourt entièrement à la marche : tout s'organise autour des deux bras du Vieux Rhin, l'Oude Rijn, qui se rejoignent en plein cœur de la cité. Premier réflexe recommandé : suivre l'eau, tout simplement, et laisser les façades à pignons dérouler leur défilé de briques.
La ville du jeune Rembrandt
Le peintre le plus célèbre des Pays-Bas est né ici en 1606, fils d'un meunier établi près du Rhin. Un parcours balisé relie les lieux de sa jeunesse : l'emplacement de la maison familiale, l'école latine où il apprit à lire, les points de vue qu'il a pu contempler. Aucun tableau majeur n'est conservé sur place, mais marcher dans ces rues aide à comprendre d'où vient sa lumière — celle, changeante, des ciels de Hollande sur l'eau des canaux.
De Valk, le moulin sentinelle
Au bord du canal circulaire qui enserre le vieux centre, le moulin De Valk dresse ses ailes au-dessus des toits. Transformé en musée, il se visite de la cave au sommet : logement du meunier, mécanismes, galerie extérieure d'où la vue embrasse le centre. C'est le dernier survivant des dix-neuf moulins qui couronnaient jadis les remparts, et une belle entrée en matière dans l'histoire artisanale locale.
Le Hortus botanicus et la Lakenhal
Adossé à l'université, le Hortus botanicus cultive plantes rares et serres anciennes depuis la fin du XVIe siècle; c'est dans ce jardin, l'un des plus anciens d'Europe, que les premières tulipes des Pays-Bas furent mises en terre. Les allées ombragées longent l'observatoire et les bassins, refuge parfait entre deux visites. Non loin, le musée De Lakenhal, installé dans l'ancienne halle aux draps, expose l'histoire du textile qui fit la fortune de Leyde ainsi que des œuvres de maîtres locaux, dont des panneaux de Lucas van Leyden.
Flâner comme un étudiant
Leyde vit au rythme de son université, la doyenne du pays, et cela s'entend dans les cafés et les librairies. Quelques idées pour goûter cette atmosphère :
- Grimper sur le Burcht, butte fortifiée circulaire au milieu des toits, pour un panorama sur les clochers.
- Chercher les poèmes muraux peints sur les façades, dans toutes les langues, disséminés au fil des rues.
- S'attabler sur un quai du Nieuwe Rijn, où les terrasses flottent presque sur l'eau.
- Embarquer pour une croisière urbaine de 45 à 75 minutes sous les ponts du centre.
Une ville qui se mérite lentement
Leyde ne cherche pas l'effet : ses trésors se découvrent porte après porte, cour après cour. Les hofjes, ces cours d'hospices cachées derrière des portails discrets, en sont le meilleur exemple; pousser doucement une porte entrouverte réserve parfois un jardin silencieux bordé de maisonnettes du XVIIe siècle.
En regagnant le navire le long des quais, on repense au meunier de 1606 et à son fils devenu maître de la lumière. La cité a gardé le décor presque intact, l'eau, les briques, les ciels mouvants — il ne manque que le chevalet. À chaque passager d'emporter son propre tableau.