Le vent arrive le premier, chargé de sel et de cris de mouettes. Puis la digue se dessine, un long trait vert entre la mer des Wadden et les toits d'Oudeschild, le port de pêche de Texel. La plus vaste des îles frisonnes néerlandaises accueille ici les navires de petite taille, au milieu des chalutiers aux coques bleues marquées TX. L'escale a le goût des choses simples : poisson frais, moulins, dunes et villages de brique, le tout à hauteur d'homme et, très souvent, à hauteur de selle de vélo.
Un port de pêche resté fidèle à lui-même
Oudeschild vit de sa flotte depuis le XVIIe siècle. À l'époque de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, les grands voiliers mouillaient par dizaines dans la rade de Texel, attendant le bon vent pour partir vers l'Asie; le village ravitaillait les équipages en eau douce réputée se conserver longtemps en mer. Aujourd'hui, les chalutiers ont remplacé les navires marchands, mais le rituel demeure : bateaux qui rentrent, caisses de poisson qu'on décharge, goélands en escorte. Les comptoirs du port servent ce débarquement en version assiette, harengs, crevettes grises et poissons frits qu'on mange face aux mâts.
Kaap Skil, le musée des fonds marins
À quelques pas des quais, le musée Kaap Skil raconte ce que la mer des Wadden a englouti et rendu. Les plongeurs de l'île y ont rassemblé une collection étonnante d'objets remontés d'épaves : vaisselle, instruments, pièces d'équipement et même des textiles du XVIIe siècle d'une conservation rarissime. Une maquette géante restitue la rade telle qu'elle bourdonnait au temps de la Compagnie. Dehors, un moulin à vent toujours en état de marche coiffe le site, entouré de maisonnettes de pêcheurs et d'ateliers d'artisans. Compter une bonne heure, davantage avec des enfants, qui y trouvent largement leur compte.
L'île à vélo, comme les insulaires
Texel se prête à la bicyclette comme peu d'endroits : plate, quadrillée de pistes cyclables, balayée par un air qui réveille. Des locations se trouvent près des quais ou au bourg voisin. En une boucle de deux à trois heures, on rejoint Den Burg, le chef-lieu commerçant au centre de l'île, ses ruelles et sa place du marché. Les plus endurants filent vers le nord jusqu'au phare rouge qui garde la pointe, ou vers la côte ouest, où les dunes du parc national des Dunes de Texel s'étirent entre prés salés et plages de sable qui semblent sans fin. Partout, des moutons : les insulaires aiment dire qu'ils sont plus nombreux que les habitants, et l'agneau de pré-salé figure en bonne place sur les menus.
Les phoques de la mer des Wadden
Depuis les pontons, des sorties en bateau traditionnel partent observer les bancs de sable où se prélassent phoques communs et phoques gris. La mer des Wadden, classée au patrimoine mondial pour ses écosystèmes de marées, découvre à marée basse des étendues où se nourrissent des nuées d'oiseaux. Les sorties durent généralement une à deux heures, filet de démonstration et commentaires du capitaine compris; les phoques, eux, se montrent avec une belle régularité. C'est l'activité idéale pour compléter l'escale sans quitter Oudeschild.
Reprendre la mer au milieu des chalutiers
Au départ, le navire se glisse hors du port pendant que les TX rentrent ou sortent selon la marée, et la digue verte s'abaisse lentement sur l'horizon. L'île s'éloigne comme elle s'est présentée, sans façons, avec ses moutons sur la digue et son phare au loin. Il reste au voyageur un souvenir qui sent la friture de poisson et l'air du large, et l'idée réconfortante qu'à deux heures d'Amsterdam existe une île où le temps se mesure encore en marées.