Tout au sud de la Nouvelle-Zélande, après le détroit de Foveaux, il reste une île, et sur cette île, un seul village. Oban compte environ quatre cents habitants, quelques rues, un pub centenaire et un horizon d'anses boisées. Les navires mouillent au large et les navettes déposent les passagers au quai de Halfmoon Bay, la baie en demi-lune qui sert de façade au bourg. Le reste de l'île Stewart, que les Maoris nomment Rakiura, appartient presque entièrement à la nature : un parc national couvre 85 % de son territoire.

Un village au bout du monde habité

Depuis le quai, tout Oban se parcourt à pied en une heure : l'unique épicerie, l'école, l'église, et le South Sea Hotel dont le comptoir accueille pêcheurs et randonneurs depuis plus d'un siècle. Le musée Rakiura, inauguré en 2022 sous le nom maori de Te Puka o Te Waka, « la pierre d'ancrage de la pirogue », retrace les vies successives de l'île : chasseurs de phoques, scieries, conserveries, et les familles qui sont restées quand tout le reste est parti. La morue bleue et les huîtres du détroit de Foveaux font toujours vivre les bateaux amarrés dans la baie, et les assiettes locales s'en ressentent.

Ulva, l'île aux oiseaux

La sortie la plus précieuse de l'escale tient en quelques minutes de bateau-taxi depuis le petit quai de Golden Bay, de l'autre côté de la colline. Ulva Island, débarrassée de ses prédateurs introduits, sert de refuge aux oiseaux les plus rares du pays. On y marche sur des sentiers faciles, sous une forêt primaire de rimus et de fougères arborescentes, pendant que les kakas déchirent l'écorce au-dessus des têtes et que les wekas fouillent les feuilles mortes au bord du chemin. Les tuis et les oiseaux-cloches assurent la trame sonore. Deux heures suffisent pour la boucle principale, jumelles en main. Les bateaux-taxis se réservent au quai même ou auprès des agences du front de mer, et les départs s'ajustent aux horaires des navettes.

Sentiers et points de vue

Aux abords immédiats, plusieurs marches courtes donnent la mesure de l'île. La montée vers Observation Rock, un quart d'heure depuis le centre, ouvre un panorama sur Paterson Inlet, ses îlots et ses eaux abritées. Vers le nord, la route se termine à Lee Bay, porte d'entrée du parc national, où une sculpture en forme de chaîne d'ancre marque le début du sentier Rakiura, l'une des grandes randonnées du pays. En suivre le premier kilomètre entre plage et forêt donne un avant-goût suffisant pour rêver d'y revenir avec un sac à dos.

Kiwis et aurores australes

Rakiura signifie « terres des ciels rougeoyants ». L'île doit ce nom aux crépuscules du grand sud et aux aurores australes qui embrasent parfois ses nuits; elle est d'ailleurs reconnue sanctuaire international de ciel étoilé, une reconnaissance obtenue en 2019, parmi les premières de l'hémisphère Sud. Ses forêts abritent aussi plus de kiwis que l'île ne compte d'habitants. L'oiseau national, nocturne presque partout ailleurs, se laisse ici parfois surprendre en plein jour sur les plages, où il fouille le sable à la recherche de puces de mer. Aucune promesse, mais gardez l'œil ouvert : les guides locaux connaissent ses habitudes.

Bien gérer ses heures

Le choix honnête tient en deux options : consacrer la journée à Ulva Island et au village, ou combiner Observation Rock, le musée et une sortie en bateau dans Paterson Inlet. Vouloir tout faire reviendrait à courir dans un lieu qui enseigne exactement le contraire.

Au retour, depuis le pont, le village rapetisse vite entre les collines sombres. Il faut le regarder disparaître en pensant à ce qu'il représente : le dernier point de lumière avant l'océan Austral, et l'un des rares endroits où la Nouvelle-Zélande ressemble encore à ce qu'elle était avant tout le monde.